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La bibliographie de la Toupie

Afrique, introuvable démocratie

Kofi Yamgnane

Editeur : Dialogues.fr

Avec la contribution de Herve Quemener. Collection : Nouvelles ouvertures.

2013 - 107 pages - 14 euros*  -  ISBN-13 : 978-2918135654


Présentation de l'éditeur :

Kofi Yamgnane a fait beaucoup parler de lui lors de sa candidature à l'élection présidentielle du Togo. Il représentait pour certains une notion d'espoir pour le Togo, voire pour l'Afrique. L'ancien minisitre français regrette la passivité de certains pays d'Afrique. L'échec des structures hospitalières, des filières d'éducation, de l'urbanisme parfois, représente pour Kofi Yamgnane autant de défis à relever. Sa vision de l'Afrique est parfois dure, sans concession, mais jamais désespérée. Dans cet essai, il va aller au cœur de ce qu'il pense, de l'Afrique d'hier, de celle d'aujourd'hui, et surtout, de celle de demain.


Extrait de l'introduction

J'ai 63 ans en octobre 2008. Je viens de renoncer à mes mandats électifs français, et je décide de reprendre le chemin de mon pays natal, le Togo. Mon objectif : me présenter à l'élection présidentielle prévue au début de l'année 2010.

Je descends dans l'arène pour deux raisons principales. D'une part, j'estime que j'ai contracté une dette vis-à-vis de l'Afrique : j'ai quitté le continent en 1964 pour venir faire mes études d'ingénieur en France et je ne l'ai pas regagné par la suite. D'autre part, je sais que mon pays d'origine est mal géré. Nombre de Togolais estiment même que leur sort est bien moins enviable que sous les colons, par exemple en matière d'éducation, de santé et de libertés publiques. Ce qui est un comble près d'un demi-siècle après l'indépendance, au sortir d'une tutelle française qui perdurait depuis la Première Guerre mondiale et qui n'avait pourtant pas été très tendre, notamment pour les paysans asservis aux corvées.

Je n'ai pas perdu le contact avec mes compatriotes (j'ai la double nationalité française et togolaise) grâce à de multiples voyages et missions, grâce à la communauté togolaise de France dont je rencontre régulièrement des membres, grâce aux multiples coups de téléphone et mails en provenance d'Afrique qui tissent ma vie quotidienne. Mais, en cette fin d'hivernage encore moite, lorsque je débarque à l'aéroport de Lomé pour un séjour de longue durée, je suis encore loin d'imaginer la déliquescence de la vie publique sous tous ses aspects à laquelle je vais être confronté.
Officiellement, le Togo est une démocratie. Des élections sont organisées, des députés siègent, un gouvernement est en place, l'armée obéit au pouvoir civil, le pouvoir judiciaire est indépendant et le président de la République remet son pouvoir au peuple tous les cinq ans. Des observateurs internationaux assistent au scrutin et apposent leur certification au bas des résultats électoraux. Dès lors, pourquoi s'indigner ?

En réalité, le Togo est un pays en trompe-l'oeil dont le décor se fissure dès le bas de la passerelle de l'Airbus d'Air France, à l'image des fameux "villages Potemkine" dont les façades en bois et papier avaient été érigées par un ministre afin que l'impératrice Catherine II de Russie retire une impression favorable de son séjour en Crimée. Décors de carton-pâte que le vent de l'histoire se charge de disperser tous azimuts. Mais entre-temps, au Togo, la duperie fait son office : rassurer les pays prestataires des perfusions financières permettant la survie au jour le jour du régime. Sur le fond, personne ne se fait d'illusion mais pas un pays européen, et surtout pas la France, n'est prêt à faire quoi que ce soit pour que ça change. C'est que la communauté internationale a des indignations à géométrie variable. La France intervient en Côte d'Ivoire où ses intérêts réels ou supposés, mais nombreux, sont menacés. Elle bombarde la Libye tandis qu'elle se contente de se désoler de ce qui passe dans la Syrie de Bachar Al-Assad. Elle intervient au Mali, à raison d'ailleurs, quand elle voit que l'avancée des Islamistes radicaux est en passe de faire basculer le pays vers un nouvel Afghanistan.

Mais que le Togo, pays sans importance stratégique, parte à vau-l'eau, peu lui chaut. Il est donc urgent pour elle de fermer les yeux sur l'absence totale de démocratie et le trucage des résultats électoraux. Les habitants de Lomé ne pèsent pas lourd et l'on préfère laisser en place pour les administrer (ou plutôt pour ne pas les administrer) un président inactif, incompétent et otage des généraux de l'armée qui ont la bonne idée d'être de la même ethnie que lui.




(*) Le prix est indicatif. Il a été relevé à un instant donné et peut varier dans le temps ou selon les rééditions. A confirmer auprès de votre distributeur habituel.


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