La Toupie  >  Textes  >  Le jugement majoritaire

Le jugement majoritaire

Une alternative au scrutin majoritaire



Le jugement majoritaire est l'un des modes de scrutin alternatifs susceptibles de remplacer le scrutin majoritaire qui a montré toutes ses faiblesses depuis quelques années et dont se détournent de plus en plus d'électeurs qui vont grossir le flot des abstentionnistes. Ce mode de scrutin a été proposé par Rida Laraki et Michel Balinski, deux chercheurs français au sein de l'Ecole Polytechnique dont les premières études parurent en 2007.

Dans le jugement majoritaire, il est demandé à chaque électeur de se prononcer sur chacun des candidats en choisissant l'une des mentions proposées dans une échelle d'évaluation.
Exemple avec sept choix possibles : Excellent, Très bien, Bien, Assez bien, Passable, Insuffisant ou A rejeter.
Après le vote, pour chaque candidat, on calcule sa mention majoritaire qui est celle pour laquelle, en cumulant ses scores en allant du choix le plus bas vers le choix le plus élevé, il dépasse pour la première fois 50% des électeurs.
Exemple pour un candidat A :
Choix
% obtenu
% cumulé
A rejeter
5%
5%
Insuffisant
8%
13%
Passable
10%
23%
Assez bien
15%
38%
Bien
20%
58%
Très bien
27%
85%
Excellent
15%
100%
La mention majoritaire de ce candidat est Bien.
Le résultat est identique si le cumul s'effectue en allant du choix le plus élevé au plus faible et en retenant la première mention où les 50% sont dépassés.
Choix
% obtenu
% cumulé
Excellent
15%
15%
Très bien
27%
42%
Bien
20%
62%
Assez bien
15%
77%
Passable
10%
87%
Insuffisant
8%
95%
A rejeter
5%
100%
Le candidat ayant la mention majoritaire la plus élevée est élu. En cas d'égalité entre plusieurs candidats, on choisit celui qui a obtenu le plus de mentions au-dessus de la mention majoritaire la plus élevée.

Il existe une variante appelée vote par note lorsque les mentions sont des notes (Exemple : 0 à 10) où l'on peut calculer une moyenne pour chaque candidat. Elle est appelée jauge majoritaire, tandis que le jugement majoritaire, basé sur l'utilisation de la médiane est appelé grade majoritaire

Le jugement majoritaire est l'une des très nombreuses méthodes utilisables pour transformer des opinions individuelles (votes) en une décision collective. Il a été testé et il est déjà utilisé dans des épreuves sportives (gymnastique, patinage), des concours de musique, des classements de vin, des recrutements de professeurs, etc.

Le domaine scientifique qui étudie ces méthodes de scrutin est appelé choix social.

Avantages du jugement majoritaire par rapport au scrutin majoritaire

  • la présence de "petits candidats" ne perturbe pas le résultat final (on évite le paradoxe d'Arrow : le résultat de l'élection change si l'on rajoute ou retire un "petit candidat"). Contrairement au scrutin majoritaire, un "petit candidat" ne peut pas faire perdre un candidat important de la même famille politique, comme cela a été le cas lors du premier tour de l'élection présidentielle de 2002 avec l'élimination de Lionel Jospin.

  • il permet aux électeurs de s'exprimer même si aucun candidat ne leur convient. Ils ont toujours la possibilité de tous les rejeter,

  • il les incite à s'exprimer honnêtement, sans calculs politiques (vote sanction, vote de rejet, vote par dépit, vote utile),

  • il n'incite pas les partis politiques à des calculs stratégiques ou à l'appel au "vote utile",

  • il est indifférent aux consignes de vote,

  • il donne des résultats clairs dans lesquels les votes d'adhésion ne s'additionnent pas avec les votes de rejet ou les votes tactiques (Cf. les 82% de Jacques Chirac au second tour en 2002).

  • il permet d'élire le candidat le plus consensuel, le plus apprécié par la majorité,

  • c'est un moyen de réduire la frustration des électeurs ainsi que le taux d'abstention,

  • un seul tour est nécessaire et il ne nécessite pas l'organisation de primaires,

  • si tous les candidats obtiennent la mention basse, Insuffisant ou à Rejeter, une nouvelle élection peut toujours être organisée avec de nouveaux candidats.

Inconvénients / critiques faites au jugement majoritaire :

  • cette méthode de choix n'est pas novatrice, elle est utilisée depuis longtemps pour des études de marché, posant le problème philosophique d'utiliser une technique de marketing pour un processus démocratique,

  • elle est relativement complexe et s'avère difficile à expliquer. Tous les électeurs doivent la comprendre, sinon ils pourraient douter de la validité des résultats.

  • il y a le risque que, par calcul, les électeurs donnent la meilleure note à leur favori et la plus basse à son adversaire. Deux candidats favoris peuvent ainsi se neutraliser, favorisant un candidat "moyen" qui pourrait ainsi remporter le scrutin.

  • le risque de ne plus voter pour un programme politique, mais en tenant compte de ce qu'il y a de bien et de moins bien dans les propositions des différents candidats.

  • la difficulté de mise en oeuvre et l'investissement dans des machines à voter fonctionnant avec un algorithme informatique qu'il sera indispensable de pouvoir contrôler.

Le système de choix de nos représentants politiques par le jugement majoritaire apparait intéressant, même s'il présente des difficultés dans sa mise en oeuvre et pour obtenir l'adhésion des citoyens. Il est dommage qu'il ne soit pas mis en avant par les principaux partis politiques et ne fasse l'objet d'aucun grand débat.
Peut-être ont-ils trop à y perdre, à moins qu'ils ne soient trop occupés à défendre la mise en place de la "proportionnelle" et de la comptabilisation des bulletins blancs dans les suffrages exprimés ?!


Pierre Tourev, 25/10/2016



Accueil     Textes     Haut de page