
La citation du mois (Historique) "Le leader populiste dénonce toujours un système dont il est lui-même issu." Matthieu Suquière |
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Sarkozy, la religion et l'espérance
"L'opium du peuple"
Depuis son discours du Latran, le 20 décembre 2007, que ce soit à Ryad, dans ses vœux aux représentants des religions, au Conseil économique et social, au dîner du Crif, Nicolas Sarkozy a multiplié les interventions qui remettent en cause la laïcité, socle fondateur de la République et condition indispensable à la réalisation de ses trois principes : "Liberté, Egalité, Fraternité".
Nicolas Sarkozy a ainsi réécrit l'histoire en la faisant commencer à Clovis et se terminer en 1789, en occultant l'apport des Lumières et les avancées sociales du XIXe et du XXe siècle, pour ne retenir que les racines chrétiennes de la France que la laïcité aurait voulu effacer.
Le Président de la République se fait provocateur et insulte le corps enseignant en déclarant : "Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur, même s’il est important qu’il s’en rapproche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance". Nicolas Sarkozy laisse en particulier sous-entendre que, sans la religion, l'éducation ne peut être complète. C'est oublier que seule la laïcité garantit la neutralité de l'éducation sur le plan philosophique et des croyances et permet d'apprendre à vivre ensemble, loin des dangers que représente le communautarisme.
Sur le plan politique, le plus grave est sans doute l'appel à l'espérance par le biais de la religion : "Un homme qui croit, c’est un homme qui espère. Et l’intérêt de la République, c’est qu’il y ait beaucoup d’hommes et de femmes qui espèrent".
En voici une interprétation, sans doute la plus plausible :
Avec le libéralisme radical, seule une minorité, - les "bourgeois" et les "gagnants" -, prospère. La classe moyenne fond comme neige au soleil. Les inégalités sont de en plus en plus marquées. Les avancées sociales obtenues depuis deux siècles sont systématiquement démantelées.
Avec le cadeau fiscal de 15 milliards d'euros accordé au cours de l'été 2007 aux plus aisés, les caisses de l'Etat sont vides.
La grande majorité des français n'a plus rien à attendre (à espérer) de l'économie et de la classe politique.
La paix sociale ne peut être achetée qu'avec une espérance transcendantale en une vie meilleure proposée par la religion. Mais cette vie meilleure n'est pas ici-bas, ni pour demain, ni pour après-demain, mais dans un hypothétique au-delà. En attendant, dans notre vie terrestre, nous sommes invités à patienter.
Voilà comment Nicolas Sarkozy instrumentalise la religion et l'utilise à des fins idéologiques pour en faire un outil de résignation et d'acceptation de l'injustice et de la souffrance. Nous voici revenus plus d'un siècle et demi en arrière. La religion retrouve le rôle de maintien de l'ordre social qu'avait dénoncé Karl Marx dans sa célèbre formule : "Elle est l'opium du peuple".
"La religion est le soupir de la créature opprimée, l'âme d'un monde sans cœur, comme elle est l'esprit des conditions sociales d'où l'esprit est exclu. Elle est l'opium du peuple."
Karl Marx - 1818–1883 - avec Engels, Critique de "La philosophie du droit" de Hegel, 1844
Pierre Tourev, 07/03/2008
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