
La citation du mois (Historique) "Le leader populiste dénonce toujours un système dont il est lui-même issu." Matthieu Suquière |
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La révolution tunisienne
... l'issue de l'ornière
Préambule : Le mythe du labyrinthe
Avant de procéder à notre second arrêt sur la révolution tunisienne du 14 janvier 2011, nous aimerions mettre de l'avant la citation de VALERY, tirée de son livre Suites :
"Une révolution fait en deux jours l'ouvrage de cent ans et perd en deux ans l'ouvrage de cinq siècles."
Nous préférons employer "révolte" qui convient mieux sémantiquement avec l'insurrection civile de la Tunisie. Nous sommes encore dans l'incomplétude de ce mouvement mémorable sur le plan lexical. Or, dans une révolution, le peuple prend le pouvoir selon les procédures loyales internationales. Le changement devrait être radical après des années de tourmente et servitude.
Mise en parenthèses : Humiliation politique
Un cheminement complexe de cinq ans, l'insurrection sociale n'a pas encore accouché de liberté ni dignité... puisque le soulèvement qui a fait tabac sur les réseaux sociaux a émergé de la périphérie, des banlieues populaires de Tunis, des paysans, des jeunes diplômés du supérieur. Les artisans de la révolte sont évincés de la scène politique, leur rêve pour le changement fut enterré, jeté aux oubliettes voire humilié par la justice transitionnelle et instances qui y sont afférentes comme l'Assemblée Constituante etc. Ces acteurs indésirables aux yeux des politiques sont restés dans l'anonymat étant considérés des "fauteurs de troubles". A contrario, les anciens démons, les ripoux, les imposteurs sont revenus à la charge surtout après les élections de 2014 qui n'ont pas d'ailleurs abouti, ont dévoilé les dessous d'une démocratie mensongère, celle de l'inégalité sociale et judiciaire. Caducité à tous les étages.
Mettre du neuf avec du vieux : remodelage à l'ancienne
Les survivants de la dictature déchue sont à l'honneur après avoir rafistolé l'ex-constitution de 1958 un tant soit peu. "Autres temps, autres moeurs". Les présupposés mandataires du "new parlement" sont fêtés en pompe dans un contexte social frappé d'engourdissement politique sur fond de "flamboyantes affaires de corruption, un bal de ministères de vieillards." (Je cite le gouvernement Vichy en France sous l'occupation allemande).
L'actuel gouvernement tunisien ne concrétise en aucun cas les aspirations auxquelles le peuple tunisien attache un intérêt sans précédent. Tout ce bal de vieillards, rythmé par un Garou cautionné par de fervents "passéistes". Ironie du sort : gérer une. économie agonisante avec des obsolètes.
Démocratie des médiocres : Médiocratie
Un autre aspect détracteur du gouvernement en place "aux dessous suspects", nous signalons que les nouveaux "élus" ne bénéficient pas pour la plupart d'un niveau scolaire crédible ni éthique politique notoire. 48 pour cent du parlement ont reçu un enseignement allant de la 6ème année primaire au bac. 10 pour cent disposent d'un Master ou Doctorat de troisième cycle. Environ 20 pour cent sen situent entre le 1er et 2nd cycles universitaires. Ces caractéristiques offrent un visage politique discrédible en panne de communication avec les jeunes loups de l'informatique et technologies de pointe.
Nous pensons que ces "ingrédients" correspondent mieux aux critères de "la gouvernance mondiale nouvelle". Les mérites ne sont pas les bienvenues chez les locataires du parlement actuel. L'idiocratie prévaut à la méritocratie, "démocratie des mérites". Pour cette raison, on note une absence totale d'un discours politique convaincant et rationnel, non émotionnel. Le principe fait tache d'huile dans les administrations à tous échelons.
Les affaires du peuple sont gérées avec banalité et insouciance. C'est pourquoi, on note partout des manquements au droit de l'environnement, les richesses symboliques sont dilapidées impunément. Une cupidité, un égocentrisme gagnent du terrain sur les valeurs sociales et humaines profondes.
Autorité sans pouvoir : La boite de Pandore
Un grand fossé se creuse entre les couches sociales et le gouvernement avec accroissement de la tourmente chez les jeunes désoeuvrés. Une atmosphère de tension monte en crescendo, le désespoir et l'incertitude sont monnaie courante. La désillusion gagne les esprits. On échange, les discours pompeux pullulent dans des médias muselés, adoubés aux lobbies du "pétro dollar", des finances ; de l'industrie etc. Certes, un régime s'aidant de la démagogie en pertes de repères réels. La jeunesse grogne et commence à bouger sur les réseaux ou dans la rue... une mobilisation juvénile face au langage au pot de rose.
L'empiètement continu sur le Bien public, sur la mer, la forêt, les monuments, diversité biologiques des vivants ne sont que des signes précurseurs de l'absence de la notion d'Etat au détriment de l'intérêt public, des droits naturels du citoyen.
Corruption sur tous échelons
Le blanchiment d'argent, les corpuscules d'influence, les ilots fiscaux sont un lourd tribut sur le dos du peuple tunisien. Les crises se succèdent aux crises ne laissent personne passive ... Celles-ci deviennent bientôt une catastrophe difficile à contrôler dans l'immédiat. Tout le monde se prépare à l'effondrement. Les différents soucis et problèmes sont interconnectés : L'éducation, l'économie, la santé, la culture, l'environnement font partie de la même sphère en cas de catastrophe.
Aux crises successives, les responsables de haut niveau présentent des idées de court terme "court-termisme" et de l'indifférence.
Ne faut-il pas ménager par le bas avant qu'il ne sonne l'heure de la dérive incontrôlable. Avant que le bateau politique ne fasse naufrage.
Sadok Gaidi, 30/07/2016
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