
La citation du mois (Historique) "Le leader populiste dénonce toujours un système dont il est lui-même issu." Matthieu Suquière |
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Révolution tunisienne
Année zéro
Le peuple tunisien s'est soulevé contre le régime oligarchique qui prévalait avant le 14 janvier 2011 prônant "Travail - Dignité - Liberté", slogan qui a fait le tour de la planète. Ces maitres-mots ont eu un effet de boule de neige dans le restant des pays arabes, je dirai même dans le monde entier. Une carte géopolitique commence à poindre dans un paysage politique frappé d'atrophie et de nébuleuse.
La période de transition a été marquée par un fiasco sur toutes les lignes, nageant dans des ambages. Il s'ensuit une constitution ambiguë, non vulgarisée pour le peuple, rafistolée à la hâte pour les beaux yeux de familles politiques. Les gagnants sont perdants après une révolution a dit Baudelaire.
Le cheminement des événements, avec comme élément marquant les élections de 2012 et 2014, leur cortège de discours des maîtres à penser, pour l'essentiel les survivants du régime déchu. Ils ne sont pas arrivés à convaincre les générations montantes par leur abus et utopie...Un ventre affamé (de liberté) n'a pas d'oreilles. Ajouté à cela des médias qui ne font que noyer le poisson par leur obédience aux groupes d'influence au détriment de la vérité, de la probité affichant par conséquent un manque criant de professionnalisme probe. Le terrorisme, mot vide de sens d'après les commentateurs internationaux a constitué la toile de fond des journaux locaux, mettant en filigrane les vraies revendications populaires. Discours creux destiné à l'étranger en manque de programme électoral absorbant le chômage des jeunes, réconciliation avec l'environnement, transformation de l'école, bref couper avec l'autocratie.
Caractéristiques de l'insurrection tunisienne :
- Révolution acéphale, sans personne iconique ou leadership, c'est dire sa spontanéité car elle n'est pas conscientisée dans le for intérieur. Pour cette raison, elle échappe à toute étude de laboratoire de doctrines sociologiques, de philosophie politique. Les partis sont entrés plus tard pour la manipuler. Ils sont loin des demandes de la masse populaire dont 60 pour cent sont des jeunes.
- L'élite intellectuelle affiche un retard retentissant, a contrario elle est menaçante. La culture devient la façade du pouvoir, asservie par l'idéologie stéréotypée et vétuste.
- Ce soulèvement percutant a incarné par excellence la solidarité de la communauté du virtuel qui a ménagé ses efforts pour partager les infos sur la toile... les jeunes connectés sur Facebook la nuit du 13 au 14 janvier 2011 sont les plus importants dans le monde. L'osmose entre le réel et le virtuel s'est bien incarnée cette nuit-là... Ces doigts de fée sont le point fort qui a échappé au pouvoir désappareillé, trop en retard par rapport à ces jeunes loups des nouvelles technologies. Le monde est en train de passer d'un régime régalien à un régime démocratique, celui des réseaux de l'info étoilée.
- En fin de compte, la révolution tunisienne est réalisée par les exclus, les mouvements de contestation viennent de la périphérie. Les quartiers urbains ont été de la partie aussi après s'être ralliés au flux principal. Certes des nouveaux acteurs entrent dans l'arène sociale, citons les ouvriers, les paysans; la femme a joué aussi un rôle de taille. Participation citoyenne à grande augure.
Récapitulation générale :
En somme, nous pensons que le statut des tunisiens après ce premier coup de séisme de la révolte n'a pas évolué d'un cran. Le peuple n'a pas recouvert sa dignité, son destin est encore en otage. Les contraintes psycho persistent. Autrement dit, la citoyenneté, l'honneur sont encore confisqués, usurpés .La révolte demeure à son année zéro, ne frise pas la vitesse supérieure.
La liberté et aussi bien la dignité restent des droits universels du fait qu'elles sont innées et inaliénables, une plate-forme sur laquelle repose l'Etat de droit avec des institutions élues par le peuple par consentement collectif sans exclusion. L'avenir reste dans l'incertitude, les jeunes ont perdu toute confiance dans la classe politique à bien des égards.
Sadok Gaidi, professeur, poète francophone, 21/01/2015.
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