[.] le grain de sable qui pourrait terrasser l'ultralibéralisme et la "mondialisation heureuse"?
Ou encore, le Coronomachin nous conduirait-il à la décroissance? (j'en ai déjà dit deux mots)
Une chose est certaine, ce virus aura fait parler de lui, bien occupé les me(R)dias, il aura sacrément entravé la "bonne" marche des affaires. Son bilan ne se soldera pas seulement en nombre de morts mais aussi en nombre de milliards de dollars et d'euros. Et donc ce coronavirus aura momentanément (combien de temps ?) amené beaucoup de monde à trembler et à s'interroger. Maintenant nous savons aussi avec quelle facilité nous rangeons au placard nos inquiétudes et peurs du moment.
Les épidémies et les pandémies font partie de notre Histoire, nous savons que ce ne sont pas les murs qui les arrêtent, pas plus qu'ils n'arrêtent les nuages radioactifs. Nous savons que les virus se propagent d'autant plus vite avec la multiplication des déplacements (voyages, tourisme de masse, guerres, migrations etc.) La bougeotte et la vitesse caractérisant notre époque, le même virus qui autrefois mettait deux ans pour faire le tour du monde le fait aujourd'hui en quelques semaines. Là non plus nous ne pouvons pas dire que nous n'étions pas avertis, que nous ne savions pas. Le Professeur Raoult par exemple, avait en 2003 remis un long rapport au ministre de la santé de l'époque, pour l'alerter des menaces liées aux virus mutants et aussi pour lui dire que nous n'étions pas préparés. En 2015 il avait également averti Macron, en 2016 c'était son confrère le Professeur Salomon qui disait la même chose. Seulement là encore, dans nos pays dits riches, civilisés, développés, modernes etc. nous nous sommes crus à l'abri. Ce genre de catastrophe n'était réservée qu'aux pauvres (de toute façon trop nombreux), aux pays dits en développement, en tous cas pas pour nous. Pour nous ça n'existait qu'à la télé, que dans les films catastrophes etc. Alors on a placé les priorités ailleurs, notamment à démanteler les hôpitaux, les services publics en général. Et ceci au nom d'une logique économique absurde. Et puis patatras ! Voilà que nous tombons de la lune. Et encore, s'il n'y avait que ça comme menace.
Alors bien sûr, les uns et les autres et même notre Président, ont vu là une formidable occasion pour réfléchir, pour remettre en question ce monde absurde, pour tracer les plans d'un autre monde, cette fois équitable, durable etc. Et pour redécouvrir les vraies valeurs, l'Essentiel etc. etc. Et ceci "quoi qu'il en coûte". C'est formidable !
Et comme d'habitude les uns et les autres réfléchissent et bossent chacun dans leur coin. Chacun son truc, chacun sa came. Pendant que certains s'activent pour "sauver" le climat, d'autres décortiquent les institutions et réfléchissent à tracer un cadre qui permettrait (au conditionnel) une véritable démocratie et l'émergence de véritables citoyens (éco-citoyens, en novlangue). Pendant que certains réfléchissent en termes de watts et de joules (comme J.M Jancovici), d'autres réfléchissent en termes d'euros et de dollars (les économistes). Et en même temps d'autres encore planchent sur le problème du "surnombre", LE Problème N°1 selon eux (les Malthusiens, dénatalistes, etc.) Or comme on sait, tout est lié. Et de temps en temps, les uns et les autres proposent des "solutions", qui se résument en des yaca et faucon. C'est formidable !
Alors bien sûr, il faut bien s'occuper en attendant, et puis il faut bien essayer, et persévérer, même si ça rate à chaque coup. OK, admettons. Mais ce serait quand même dommage de partir d'un malentendu, d'une illusion ou d'une contre-vérité, de prendre nos rêves pour des réalités. Sur ce coup, ce n'est absolument pas pour sauver le climat et/ou la planète qu'ont été acceptés ces sacrifices et ces renoncements, cette forme de décroissance. D'autre part, si tout le monde ou presque se plie à ces sacrifices et ces renoncements c'est seulement parce que tout le monde ou presque pense encore qu'après la pluie vient le beau temps. Autrement dit c'est parce que les gens savent que ce confinement n'est que temporaire qu'ils l'acceptent. Chez nous, 15 jours au départ, et "quoi qu'il en coûte, l'Essentiel" et blablabla. puis 15 jours de mieux, pour gagner la "guerre"... et puis un mois de mieux afin de mettre au point le fumeux plan de sortie de crise, qui se résume par "Reprendre le travail plein pot !"
Bref, ne nous leurrons pas, les renoncements nécessaires pour atténuer les effets du dérèglement général de la planète sont toujours jugés inacceptables, la Croissance n'est toujours pas négociable. Et ce n'est pas le couple Geoffroy-Agnès (Roux de Bézieux-Pannier-Runacher) qui dira le contraire.
En attendant, cet épisode inédit et impensable il y a encore quelques mois, aura été une formidable occasion pour nous pousser toujours plus loin vers ce monde qui ressemble plus à 1984 qu'à Utopia. Télé-surveillance, télé-travail, télé-enseignement, télé-achats bien sûr. Comment demain pourra-t-on encore s'opposer à la vidéo-surveillance (vidéo-protection, en novlangue), au déploiement de la 5G, à toutes ces technologies qui réduisent toujours plus nos libertés, qui ruinent toujours plus les véritables relations humaines, qui nous transforment toujours plus en robots ou en zombies ?
Maintenant, si. cette pandémie ne dure que quelques mois, ne fait "que" quelques dizaines de milliers de victimes ici ou là, et ne perturbe pas plus que ça la "bonne" marche du monde. alors je parie qu'elle sera vite rangée dans la liste des "détails de l'Histoire". Le Business (as usual) et le Show (must go on) repartiront alors de plus belle, en attendant la suite. La seule "petite" différence serait ce que j'exprimais précédemment, nous en sortirions encore plus amoureux de nos chaînes. Par contre si... cette pandémie fait des millions et des millions de victimes en l'espace de quelques mois ou années, alors là bien sûr c'est différent. Certains spécialistes pensent qu'elle pourrait faire 45 millions de morts, et là je ne vois pas trop comment Le Système pourrait résister. Et avec Le Système par terre, il est facile d'imaginer comment se règlerait le problème du "surnombre", le problème de nos émissions de CO2 etc. Mais bon, peut-on aujourd'hui encore croire les spécialistes ?
Parce qu'en attendant (la suite), cette crise aura porté un sale coup à un des piliers du vivre-ensemble, la confiance. Non seulement celle que nous pouvions accorder à ceux qui sont sensés nous diriger et nous protéger, quant à celle que nous accordions aux me(r)dias n'en parlons même pas, mais elle aura porté un sale coup à celle que nous accordions aux sachants. Imaginons un monde où nous ne ferions plus confiance à personne, ni même à son toubib, ne serait-ce que dans ses capacités à nous diriger vers les meilleurs spécialistes, ni même à son voisin qui nous aurait refusé un service ou qui nous aurait dénoncé aux flics, etc. Nous devrions pourtant le savoir, ça aussi, sans confiance tout s'écroule.
Léon 65, 17/04/2020
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