La suppression ou le plafonnement de l'héritage, une grave question. Les libéraux et les marxistes peuvent être renvoyés dos à dos sur cette question : ni les uns ni les autres n'ont su résoudre ce problème (l'héritage en tant qu'institution de transmission pour cause de mort du patrimoine entre personnes d'une même famille est même pratiqué en... Corée du Nord, c'est dire).
Dans notre culture moderne, c'est la Révolution française qui a ouvert la brèche (critique radicale, les modérés tel Mirabeau plus clairement engagés sur ce terrain que des réputés plus radicaux, tel Robespierre) et qui l'a également refermée (notamment parce que l'égalité des héritiers dans une société à base largement rurale paraissait le meilleur moyen à court terme de niveler les écarts de richesses : il fallait surtout réprimer les possibilités que l'Ancien Régime donnait de favoriser l'ainé des familles). De plus, la Révolution française s'est acharnée à détruire les Corps intermédiaires entre Etat et citoyens : la société de capitaux en était une ; elle n'a échappé à la fureur des révolutionnaires que grâce à son caractère marginal à l'époque (elle était surtout connue dans les manufactures d'Etat ou dans le commerce d'outre-mer).
Marx a provoqué la fin de la réflexion théorique dans le mouvement socialiste par des prises de position personnelles systématiquement contre les anarchistes et anarcho-syndicalistes, qui étaient eux généralement favorables à la suppression ou à la limitation de l'héritage. C'est ce que j'appelle personnellement "l'erreur tragique de Marx". Erreur d'autant moins pardonnable qu'elle est contemporaine du développement du grand capital industriel et bancaire, qui aurait dû remettre la transmission du capital pour cause de mort au centre de la réflexion sur le développement du capitalisme. Il est vrai que Marx était ricardien en économie (Ricardo étant un homme du XVIIIème siècle) : cela ne pouvait guère l'aider à avoir une vision réellement contemporaine du problème...
Je suggère un troisième type de solutions : au-delà d'une certaine somme forfaitaire par héritier, laissez aux héritiers (réservataires ou non) l'usufruit de la fortune, la nue-propriété revenant à l'Etat. Ainsi, la première génération profite (et il y a des raisons pratiques de la faire profiter), mais la seconde génération ne profite pas (et il y a rarement de bonnes raisons de la faire profiter). Bien sûr, cela peut paraître difficile à mettre en place, mais si le montant forfaitaire est bien calculé, c'est jouable, à mon avis (car cela toucherait des parts de sociétés, essentiellement).
Philippe, 21/09/2014
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