
La citation du mois (Historique) "Le leader populiste dénonce toujours un système dont il est lui-même issu." Matthieu Suquière |
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Les pièges de l'islamophobie
Renvoyons l'extrême droite et les islamistes dos à dos
Depuis quelques années l'islamophobie est devenue un sujet récurrent des médias, des chroniqueurs, des blogueurs, et des associations promptes à instruire des procès en islamophobie.
D'un côté, nous avons le Front national qui a le vent en poupe et qui a remplacé, pour devenir un parti plus "présentable", son discours xénophobe, anti-arabe, voire raciste, par une défense opportuniste de la laïcité accompagnée d'une virulente critique de l'islam. Personne ne doit être dupe de cette évolution qui n'est qu'un leurre pour essayer de faire de ce parti d'extrême droite un parti comme les autres.
De l'autre côté, nous avons des associations que l'on pourrait qualifier d'islamistes, qui sous prétexte de dénoncer un racisme caché, veulent mettre la religion musulmane hors de portée de toute critique au mépris de la liberté de conscience et d'opinion.
En effet, "Islamophobie" est un mot qui pose problème car, dans le sens où il est généralement employé, il opère une double dérive sémantique particulièrement insidieuse
- la première dérive part de l'islam, une religion, puis s'applique aux adeptes de cette religion, puis à une ethnie, pour finir à une race. Au final, celui qui est qualifié d'"islamophobe", par on ne sait quelle instance ou fatwa, est dénoncé comme un affreux raciste.
- la seconde dérive donne au mot "phobie", étymologiquement "peur, effroi", c'est-à-dire un ressenti purement personnel, un sens beaucoup plus large qui est la conséquence que peut avoir cette "phobie" : propos hostiles, stigmatisation, discriminations, actes de malveillance, etc.
En outre cet amalgame qui place sous le même vocable, la critique d'une religion et un comportement raciste constitue une grave menace pour la liberté de conscience en tentant de rétablir le délit de blasphème. Comme l'affirme Caroline Fourest et Fiammetta Venner dans Islamophobie ? (Revue ProChoix n°26-27, 2003) : "Le mot "islamophobie" a été pensé par les islamistes pour piéger le débat et détourner l'antiracisme au profit de leur lutte contre le blasphème. Il est urgent de ne plus l'employer pour combattre à nouveau le racisme et non la critique laïque de l'islam."
En conclusion, devant l'ambiguïté et les pièges du terme islamophobie, il convient de bien distinguer les comportements selon qu'ils relèvent du racisme, de la xénophobie ou de la critique légitime des religions, et donc d'utiliser des termes plus appropriés au risque de voir réinstauré le délit de blasphème.
Quelques définitions et points de vue intéressants sur l'islamophobie sont rassemblés ci-dessous, sans souci d'exhaustivité.
Définition étendue aux conséquences de la "phobie" de l'islam
"Ensemble des actes de discrimination et de violence visant des institutions ou des individus en raison de leur appartenance présupposée à l'islam."
CCIF - Collectif contre l'Islamophobie en France
Interprétation de la critique de l'islam
"La critique de l'islam comme religion permet de reprendre un discours anti-immigration en le "déracialisant". Au lieu de critiquer les immigrés ou les Arabes, on se réfère aux "musulmans", mais il s'agit bien sûr de la même population."
Olivier Roy, un politologue français, spécialiste de l'Islam - mai 2005 - Interview par Mehdi Ben Smida, oumma.com
"Il y a eu en Occident, au cours des derniers siècles, une méfiance, une méconnaissance voire un rejet de l'islam. A cet égard, la période coloniale a laissé de nombreuses traces. La "peur de l'islam" que l'on constate aujourd'hui joue sur d'autres ressorts : crainte d'une "islamisation" de l'Europe ; rejet d'une population immigrée et non chrétienne ; lecture géopolitique de l'islam assimilé à l'islamisme radical ; revendications identitaire et religieuse de certains pratiquants musulmans jugées exorbitantes par les sociétés européennes, etc."
Stéphanie Le Bars - Le Monde - L'islamophobie, un nouveau racisme ? - 30/09/2013
Critique de l'utilisation du mot "phobie"
Certains ont tendance à "qualifier de "phobie" (homophobie, lesbophobie, handiphobie, islamophobie, judéophobie, mélanophobie, etc.) toute expression d'une opinion contraire à leurs prétentions ou revendications. [...] on comprend bien qu'il s'agit de traiter le dissident en malade dont l'accompagnement psychiatrique devrait sans doute être recommandé en parallèle à la répression pénale."
Anne-Marie Le Pourhiet, juriste, professeur agrégé de droit public à l'université de Rennes 1 - tribune dans Le Monde, 3 décembre 2005
Critique de l'amalgame
" [.] au hit-parade des mots problèmes : l'islamophobie. Ce terme s'est imposé aujourd'hui pour désigner l'hostilité spécifique vis-à-vis de la population de religion ou d'origine musulmane. Toutefois, cette simple définition pose déjà un problème puisque littéralement, l'islamophobie ne désigne pas la crainte du musulman, mais la crainte d'une religion particulière, l'islam."
Didier Delaveleye, MRAX (Mouvement contre le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie), association belge
"Forgé par les intégristes iraniens à la fin des années 70 pour contrer les féministes américaines, le terme d'"islamophobie", calqué sur celui de xénophobie, a pour but de faire de l'islam un objet intouchable sous peine d'être accusé de racisme. Cette création, digne des propagandes totalitaires, entretient une confusion délibérée entre une religion, système de piété spécifique, et les fidèles de toutes origines qui y adhèrent."
Pascal Bruckner, L'invention de l'"islamophobie", Libération du mardi 23 novembre 2010
"Certains courants intégristes tentent d'obtenir la requalification du racisme anti-maghrébin en "islamophobie" pour mieux tirer bénéfice des frustrations, jouer sur les replis identitaires religieux de la population d'origine maghrébine et faire du religieux le critère absolu de différenciation, de partage. Il faut donc manier ce terme avec la plus grande précaution."
Commission Nationale Consultative des Droits de l'Homme (CNCDH) - Rapport de mars 2004 un au premier ministre
"S'il est vrai que certains musulmans peuvent brandir l'islamophobie pour bannir toute critique de l'islam, cela ne doit pas nous décourager : la judéophobie ou l'antisémitisme est aussi utilisé par certains pour interdire toute critique de la politique israélienne. Faut-il bannir l'usage de ces mots pour autant ? [.] C'est ce nouveau masque du vieux fond de racisme anti-Arabe et anti-Maghrébin conjugué avec l'idée d'une "menace" internationale que le terme "islamophobie" recouvre... Il est évident qu'il y a un recoupement entre racisme anti-Maghrébin et islamophobie, sans doute renforcé par la visibilité d'une partie de la jeune génération, qui s'affirme "musulmane" sur la scène publique et ne rase plus les murs. Il se développe ainsi un nouveau racisme anti-Arabe, porté par une partie des intellectuels et des médias, qui se camoufle sous le drapeau de la lutte contre l'islam."
Alain Gresh, journaliste du Monde diplomatique, À propos de l'islamophobie - Les mots sont importants, mars 2004
"En Iran et au Soudan, pour éliminer les musulmans progressistes, il suffit de les qualifier d'islamophobes. Ainsi, ce terme ne désigne pas un racisme, mais stigmatisme toutes celles et tous ceux qui résistent à l'islam radical et archaïque."
Kebir Jbil - Mouvement des musulmans laïques de France (MMLF) - Wikipedia - Article "Islamophobie"
Critique de l'amalgame et défense de la liberté d'opinion
"En République, la critique de la religion, comme de toute opinion, est libre et constitutionnellement garantie.
Elle ne saurait être assimilée au racisme et à la xénophobie, que les membres du Haut Conseil à l'Intégration combattent activement.
La pratique de la religion étant libre, l'islamophobie, c'est-à-dire la peur ou la détestation de la religion islamique, ne relève pas du racisme."
Haut Conseil à l'intégration, rapport en 2005
Critique de la position d'une partie de la gauche
"Une partie de la gauche refuse la critique de l'islam, qu'elle assimile à de l'islamophobie et donc à du racisme. Cette gauche-là ne veut pas admettre que nous nous sommes trompés en nous battant pour la fraternité multiculturelle. Le multiculturalisme, c'est un instrument du repli sur soi et de la ghettoïsation voulue. Le laisser-faire des dernières décennies fait que, désormais, parler d'intégration, c'est proférer une insulte."
Sylvain Ephimenco, écrivain et journaliste français qui publie aux Pays-Bas, éditorialiste au quotidien chrétien "progressiste" "Trouw"
"Après avoir gagné les associations antiracistes anglaises, le mot a été intronisé en France par Tariq Ramadan, dont la double casquette de musulman réformiste fondamentaliste et de militant tiersmondiste a permis sa diffusion rapide vers l'extrême gauche. Depuis, il piège nos débats mettant systématiquement en situation d'accusés, mieux que ne l'aurait fait une fatwa, toutes celles et tous ceux qui osent résister aux interprétations politiques et radicales de l'Islam. Un livre sur La nouvelle islamophobie, de Vincent Geisser, ne vient-il pas de qualifier de "facilitateurs d'islamophobie" pêle-mêle les associations comme SOS racisme, les recteurs et les imams libéraux proches de la Mosquée de Paris et les journalistes d'investigation enquêtant sur le terrorisme islamiste ? La boucle est bouclée. Qui osera encore s'opposer au voile ou aux autres interprétations archaïques de l'Islam sans avoir peur d'être traités d'"islamophobes" ?"
Caroline Fourest & Fiammetta Venner - Islamophobie ? Revue ProChoix n°26-27, 2003
Ambiguïté du MRAP
"À la suite de ses diverses prises de positions concernant l' "islamophobie" et les actions engagées dans ce sens (comme dans l'affaire des caricatures de Mahomet du journal Jyllands-Posten), le président Mouloud Aounit est de plus en plus contesté au sein même du mouvement. En mai 2007, 26 membres du mouvement dont plusieurs membres du Conseil National signent un appel considérant que Mouloud Aounit ne représente pas "les valeurs universalistes et laïques" du MRAP et estiment qu'il utilise une "rhétorique communautariste et ethniciste".
Gérard Kerforn, Emmanuelle Le Chevallier, Horiya Mekrelouf, René Meyer, Didier Poupardin, Yves Loriette, Anne Savigneux, Maya Vigier et Nadia Kurys, membres du Conseil National du MRAP entendent signifier par cet appel qu'ils ne reconnaissent plus Mouloud Aounit comme le président du mouvement. Gérard Kerforn avait déclaré : "Nous craignons que le Mrap ne s'égare sur une voie qui n'est pas la nôtre celle de la défense d'une religion"."
Wikipedia - Article "Islamophobie"
Au sein du MRAP, son président, Mouloud Aounit, est accusé de favoriser le communautarisme religieux :
"Pour l'ancienne présidente de la fédération de Paris [du MRAP], "ce concept [islamophobie] va à l'encontre du principe d'universalité et confond défense de l'homme et défense d'une religion". "Les laïques sont traités de "laïcards", ou d'"intégristes laïcs"", regrette Nadia Kurys, membre de la direction nationale du MRAP."
Selon un ancien dirigeant du MRAP : "Le concept d'islamophobie lui permet [à Mouloud Aounit] de s'identifier à la communauté musulmane. Il veut se recycler, et pratique du marketing politique."
Le Monde - L'islamophobie secoue le MRAP - 7 juin 2006
Islamophobie revendiquée
"Tolérer l'islam, ce n'est pas l'accueillir. Il est même légitime d'être islamophobe. La détestation est salutaire. Elle divise, mais elle soude aussi autour d'une identité revendiquée."
Marc Bonnant - Hommage à Charlie Hebdo - Le Matin (Suisse) 6 novembre 2011
Islamophobie revendiquée et critique de l'islam
"Moi, je suis un peu islamophobe. [...] Nous avons le droit de combattre le racisme, d'accepter une pratique paisible de l'islam. Et j'ai le droit, je ne suis pas le seul dans ce pays à penser que l'islam - je dis bien l'islam, je ne parle même pas des islamistes - en tant que religion apporte une débilité d'archaïsmes divers, apporte une manière de considérer la femme, de déclasser régulièrement la femme [et] en plus un souci de supplanter la loi des États par la loi du Coran, qui en effet me rend islamophobe."
Claude Imbert, membre du Haut Conseil à l'Intégration (HCI), fondateur et éditorialiste de l'hebdomadaire Le Point, le 24 octobre 2003 sur la chaîne LCI
"[C]e terme d'islamophobie n'exprime rien d'autre que le dégoût et le rejet de l'islam en tant que religion, en tant que système de pensée totalisant. L'islamophobie c'est le rejet de l'islam, pas le rejet des musulmans ni le rejet des arabes ou des maghrébins. [...] Les lecteurs d'atheisme.org qui se reconnaissent dans l'opposition radicale aux religions sont vivement encouragés à se déclarer publiquement islamophobes afin de créer un mouvement courageux de contestation de cette religion qui ne vaut pas mieux que les autres."
atheisme.org
Refus de l'utilisation du mot "islamophobie"
"La raison de l'opposition à l'usage du terme est explicitement énoncée lors du désaccord entre le MRAP et le syndicat d'enseignants, Unsa-Education, qui comme d'autres syndicats et organisations laïques, telle la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra), ont refusé la demande du MRAP en faveur de l'usage du terme "islamophobie", et ce, à l'occasion de la "semaine d'éducation contre le racisme à l'école (21-26 mars 2005)"."
Wikipedia - Article "Islamophobie"
"Le mot "islamophobie" a été pensé par les islamistes pour piéger le débat et détourner l'antiracisme au profit de leur lutte contre le blasphème. Il est urgent de ne plus l'employer pour combattre à nouveau le racisme et non la critique laïque de l'islam."
Caroline Fourest & Fiammetta Venner - Islamophobie ? Revue ProChoix n°26-27, 2003
Défense de la liberté d'opinion
"La critique de la religion est constitutionnellement légitime, et en conséquence son libre exercice garanti tant qu'il reste dans un cadre légal (les propos injurieux ou calomnieux sont bien entendu punissables). L'usage du terme "islamophobie" risque de couvrir une condamnation active de cette attitude, donc de facto une censure interdisant, sous couvert de respect, toute critique envers l'islam. Une telle censure serait contraire à la loi comme aux traditions démocratiques, qui autorisent l'expression de toutes les opinions sur tous les sujets, y compris religieux, dès lors que leur forme répond aux formes admises du débat d'idées."
Wikipedia - Article "Islamophobie"
"Les accusations d'islamophobie, sont destinées "à faire taire les critiques de l'islam, voire les musulmans qui luttent en faveur de réformes dans leurs communautés."
Kenan Malik - Essays: "Islamophobia myth", Prospect Magazine - Février 2005
""Islamophobie" est donc le dernier concept (concept est un bien grand mot pour quelque chose d'aussi con !)," islamophobie" est la dernière tarte à la crème, la poignée de boue que les intégristes musulmans jettent au visage de ceux qui ont le courage de dénoncer leurs manigances et leur double langage dans ce qu'il est convenu de nommer l'histoire du voile."
Jack-Alain Léger - Tartuffe fait ramadan, , éd. Denoël, 2003
"Le mot "islamophobie" a été pensé par les islamistes pour piéger le débat et détourner l'antiracisme au profit de leur lutte contre le blasphème. Il est urgent de ne plus l'employer pour combattre à nouveau le racisme et non la critique laïque de l'islam."
Caroline Fourest & Fiammetta Venner - Islamophobie ? Revue ProChoix n°26-27, 2003
Pierre Tourev, 14/10/2013
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