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Du matérialisme à la révolte




En tant que matérialiste [1], je considère que le cerveau et ce qui le caractérise : la pensée et la conscience, sont des phénomènes électriques et chimiques, d'une très grande complexité certes, mais des phénomènes tout ce qu'il y a de plus matériel. Il suffit de "débrancher l'appareil" pour qu'il s'arrête.

Dans cette approche, on peut considérer que la pensée et la conscience donnent à chaque homme une illusion, celle d'exister, d'être soi, avec son corollaire : l'illusion de disposer de son libre-arbitre ou, plus modestement, de quelques degrés de liberté, c'est-à-dire du pouvoir de choisir, d'être la cause absolue de ses actes.

Ce qu'est un individu à un instant donné, ce que sa conscience "choisit" de faire ou de ne pas faire, n'est que la résultante de son patrimoine génétique, de son enveloppe charnelle, du milieu dans lequel il est né, de son histoire personnelle, des personnes qu'il a rencontrées dans le passé et qui ont eu une influence sur lui, de celles qu'il a croisées juste avant, de ses lectures, du repas de midi, de la météo... Il croit agir librement, mais il ne fait qu'obéir à des lois de physique et de chimie.

Ce raisonnement conduit donc à nier le libre-arbitre. Cependant, comme je suis un matérialiste, je nie aussi un déterminisme imputable à une quelconque "Providence", divine ou non, qui aurait un dessein pour l'homme où tout serait écrit à l'avance. Non, ni libre-arbitre, ni déterminisme : l'homme est le fruit du chaos, de la complexité, du hasard, de l'absurde... peu importe comment on l'appelle. L'homme n'est donc ni responsable, ni coupable, puisque ces notions sont, au sens premier, liées au libre arbitre.
      Cela ne veut pas dire que l'homme peut faire ce qu'il veut. Dès sa naissance, et par toutes les "décisions" qu'il a prises, il est en quelque sorte "engagé" envers les autres hommes et envers son environnement. L'homme vit dans une société où ses actes ont des conséquences sur les autres qui eux-mêmes réagissent. Tous les hommes sont interdépendants. Leur discernement et leur vécu individuel ou collectif leur indiquent les erreurs, les faux-pas, les fautes à ne pas commettre. Entre les intérêts individuels et collectifs s'opèrent une forme de régulation qui rend le monde vivable et qui, habillée de spécificités culturelles, devient ce qu'on appelle la morale.

J'ai conscience que cette vision de l'homme peut paraître triste, pessimiste, peu enthousiasme, voire nihiliste. Elle permet cependant, si on se limite aux domaines politique, économique et social, de déculpabiliser les "perdants" du libéralisme et de la "loi du marché", ceux à qui l'on veut faire croire que c'est de "leur faute" qu'ils sont devenus inutiles parce que pas assez performants, pas assez productifs, pas assez rentables... (La culpabilisation des "perdants" est une attitude d'une grande cruauté car elle les rend responsables de situations qu'ils ne maîtrisent pas).

Munis de leur seule illusion de libre-arbitre, ces "perdants" peuvent suivre la piste tracée par Albert Camus et vaincre ce nihilisme. En se révoltant contre leur condition ou contre toute forme d'injustice, ils retrouvent leur dignité et gagnent leur liberté.


Pierre Tourev, 05/11/2006


>>> Suite : Conséquence sur la reconnaissance du mérite


    [1] Pour le matérialiste, (au sens philosphique), il n’y a d’être que de matérie. Il n'existe donc pas d'âme immatérielle, ni de nature "intelligente" ou de divinité. Le matérialisme s'oppose au spiritualisme qui admet l'existence d'entités - comme l'âme ou l'esprit - indépendantes de la matière.


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