
La citation du mois (Historique) "Le leader populiste dénonce toujours un système dont il est lui-même issu." Matthieu Suquière |
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De l'éducation populaire
1ère partie - Connaissance et conscience
I. De l'instruction à l'éducation en passant par la conscience
Parfois des équations valent mieux que de longs discours :
- Éduquer = Instruire + Conscientiser l'instruction
- Instruction = transmission de la connaissance = école ? la famille ?
- Education = transmission de la connaissance conscientisée = la famille ? la société ? L'école ? le monde (pas la version papier...) ?
La conscientisation [1] est, pour moi, la prise de conscience des interactions déterminées et/ou probables qu'auraient, entre-eux; un et/ou une infinité d'objets (= ceux sur le(s)quel(s) se porte(nt) notre attention) au fil du temps.
Plus clairement dit, c'est comprendre les interactions de n'importe quel objet (sur lequel se porte notre attention) avec son environnement.
Compte-tenu des limites humaines (nos sens et notre capacité à raisonner), le champ infini des possibilités d'interactions de certains objets ne nous est accessible que partiellement.
Il en résulte que la conscience est limitée à ce que nous percevons et à ce que nous comprenons de nos perceptions.
Ainsi l'élévation humaine ne serait que le pendant de l'extension de la conscience.
Par ricochets, nous induisons le corollaire suivant :
les sciences (connaissances) sans conscience (conscientisation) ne façonnent que des "machines" sans âmes humaines (ici, je vous laisse chercher la différence fondamentale avec la pensée de Rabelais^^)
Nous voyons le monde et nous nous voyons en train de le voir.
Nous voyons le monde et nous le voyons en train de nous voir.
Et nous nous demandons si le monde se voit/se comprend comme nous le voyons/comprenons.
Et nous nous demandons si le monde nous voit/comprend comme nous nous voyons/comprenons.
II. Le Citoyen, la Brute I et le Truand
De ce qui précède, il m'apparait que éducation = "âme (conscience) + esprit (connaissances)" devrait établir les fondements de la Citoyenneté.
La r-évolution de la société, n'est pas une prise de conscience individuelle de sa dépendance et la recherche de son indépendance, mais la prise de conscience de son interdépendance et la recherche d'équilibre
Ouvrons une parenthèse :
Les tenants d'un ordre social ploutocratique/oligarchique (ou néo-féodal) s'accommodent très bien de "machines sans âmes" ...
A contrario d'éducation, il est impératif de ne donner que les instructions nécessaires et suffisantes à l'exécution des tâches quotidiennes tout en prenant soin de limiter, voire de détruire la conscience de soi et du monde dans la durée.
Contrôler l'horizon de la conscience reviendrait ainsi à transformer les drames en fatalités, les pensées en croyances, les connaissances en dogmes, les critiques en blasphèmes... Bref, on établit le cadre moral à l'amour de son servage et à la recherche de sa servitude (= se chercher quelqu'un qui fait fürher^^)
Parenthèse fermée.
III. Le temps, c'est de la conscience.
La prise de conscience passe incontournable par l'élargissement de l'expérience que nous avons du monde et par le recul / la relativisation de cette même expérience.
On peut également appeler ça "méditation" et/ou "sagesse".
Si beaucoup d'expériences vécues sont plus ou moins instantanées, le recul, lui, nécessite du temps.
Or, de ce que je vois, dans les sociétés où nous vivons, les évènements s'enchainent de plus en plus vite. L'inflation exponentielle d'informations simultanées et continues, non seulement ne nous permet pas de prendre du recul, mais contribue à la saturation de notre capacité de réflexion. Poussant notre psychisme à écarter volontairement (ou involontairement) les informations les plus complexes (car nécessitant le plus de ressources ou de temps de traitement / compréhension) et/ou à favoriser les informations les moins stressantes / les plus légères.
Est-ce que l'inflation d'information est une mauvaise chose ?
Non.
Mais je pense, en revanche, que le problème viendrait de la constance de cette inflation d'informations.
Il n'y a pas (ou trop peu) de temps pour prendre du recul et pour voir ou pour comprendre les choses sous d'autres perspectives (= pour méditer et ajuster les filtres en fonction de ce qui est vraiment important) et surtout de le faire à son rythme.
En d'autres termes, il n'y a pas assez de paliers d'adaptation.
Nota : le point commun entre un retraité, un chômeur et un étudiant dans la contestation sociale ? Le temps de méditer à la cause des causes de leur condition...
Ainsi, le travail, tout comme les médias, les divertissements ou l'accumulation de problèmes personnels, occupe le corps et l'esprit en permanence.
Et, il me semble, qu'en période de crise :
- créer du travail à n'importe quel prix,
- augmenter les moyens financiers permettant de ré-accéder aux divertissements (ne pas confondre divertissement et loisir;
- augmenter les problèmes de la vie courante, en complexifiant les procédures et cadres juridiques<.
est chronophage (= réduit le temps nécessaire aux prises de conscience) et peut être utilisé comme élément stabilisant des régimes politiques.
IV. A la recherche du temps perdu
Je pense qu'être Citoyen c'est répondre en permanence à la question fondamentale suivante :
Est-ce que ce que nous faisons nous permet d'améliorer les choses (sous-entendu améliorer les choses pour les autres et pour moi, avec ici "autres" = tous les éléments entrant localement en interaction dans l'écosystème = éléments minéraux, végétaux et animaux) ?
A partir de là le devoir du Citoyen est de contribuer à agir pour répondre OUI à cette question.
Comment faire ?
Je pense qu'il (le Citoyen) doit savoir enquêter sur le monde, sur lui-même et sur leurs interactions.
En ce sens, un Citoyen est autodidacte; il sait se poser les questions fondamentales (induites par LA question fondamentale ci-dessus) puis chercher, trouver, discuter, choisir et mettre en ouvre des réponses
L'éducation consisterait à lui apprendre comment et pourquoi être autodidacte ?
Ainsi les deux axes principaux pour répondre aux questions fondamentales seraient :
- Améliorer ses connaissances : savoir mener une enquête pour trouver l'information pertinente.
- Améliorer sa prise de conscience : savoir quand et quel dossier d'enquête ouvrir. Puis comment construire conjointement une réponse r-évolutive et la mettre en oeuvre.
A. De l'information pertinente à la construction de la connaissance.
Le paradoxe des sociétés dites développées par rapport à celles dites en voie de développement, est que d'un côté les gens sont asphyxiés par l'information et de l'autre ils n'y ont pratiquement pas accès.
D'un côté il n'y a pas assez de temps pour extraire la connaissance et le savoir de l'information.
De l'autre, il y a le temps, mais rien à chercher.
De ce que j'en vois, les populations des pays développés sont noyées majoritairement de choses futiles/secondaires présentées comme importantes/prioritaires, tandis que les populations des pays en voie de développement sont pratiquement noyées de...vide.
Avec quand même un point important à noter; les pays développés exportent vers les pays en développement les futilités en les faisant passer pour de la connaissance et du savoir. En cela, la mondialisation transforme le monde en un village "d'illusions" globales.
Ainsi dans les pays développés, le maitre mot d'une vraie éducation serait "savoir-chercher" en un minimum de temps.
Ces sociétés sont à l'image de l'Internet; sans un bon moteur de recherche, l'hyper-information revient pour la population à être noyé de vide.
Si on regarde un peu en arrière, Google s'est démarqué de ses concurrents par l'utilisation d'une technique de triage de l'information infiniment plus performante. Cette méthode permet de trouver en moins d'une seconde ce que l'on cherche (il y a évidemment une discussion sur l'ordre d'affichage des résultats. Affichage qui n'est évidemment pas commercialement neutre pour les sociétés privées dont les revenus en dépendent).
Donc pour moi, savoir chercher pour savoir-trouver en un minimum de temps fait partie des fondamentaux de l'éducation.
Oui, mais qu'est-ce que le savoir-chercher ?
A mon sens, savoir chercher, c'est :
- savoir s'observer et observer son environnement de "l'extérieur" (ou encore objectivement).
- faire la liste des dysfonctionnements et / ou des améliorations possibles nous sautant aux yeux.
- comparer avec d'autres personnes dans d'autres environnements spatiaux et temporels pour voir les possibilités alternatives.
- faire une synthèse des solutions possibles par ordre de la plus immédiatement réalisable à la moins réaliste.
B. Donner du sens à la connaissance c'est lui donner une conscience
Dans cette approche, savoir se poser les questions fondamentales vient en amont de l'acquisition des connaissances...
La connaissance n'est plus une fin en soi, mais est un moyen pour répondre à des questions fondamentales.
Je pense qu'il faut approcher la construction de la conscience par les deux bouts de la connaissance.
- de la somme des connaissances acquises comprendre les liens et interactions = Approche par l'instruction ou approche déductive.
- de la somme des liens et interactions vécues modeler la connaissance pertinente = Approche par l'expérience du monde ou approche inductive.
Au plus les connaissances et les expériences vécues seront étendues au plus la conscience pourra devenir universelle.
Au plus la conscience sera universelle au plus les réponses à la question fondamentale satisferont simultanément l'individu et le monde.
Là encore il faut noter un point important.
L'être humain a la possibilité de changer l'univers.
Si cette capacité est inhérente à l'existence humaine, on peut alors dire qu'elle fait partie de la nature (= elle est la conséquence d'une longue évolution qui a mené à ça).
Donc dire que les productions humaines (génétique, pollution, etc...) vont contre la nature est un non-sens.
En revanche, on peut dire qu'elles déséquilibrent artificiellement la nature.
Ce déséquilibre finira naturellement par disparaître avec la disparition (voulue ou imposée) de ses causes.
Un système aussi gigantesque que l'univers, ayant mis des milliards d'années pour arriver à l'équilibre que nous lui connaissons, ne peut pas être modifié en aussi peu de temps sur un aussi petite portion d'espace (ou bien alors il faudrait que l'énergie de cette transformation soit équivalente à celle de tout l'univers localisée à l'échelle de la Terre...).
La résilience universelle nous ramènera de gré ou de force à l'équilibre !
Soit nous trouvons collectivement le moyen d'y parvenir soit nous disparaitrons collectivement pour peut être au moins quelques centaines de milliers d'années^^
Oui, je le concède, nous sommes bien loin de ce qui nous préoccupe là, maintenant, tout de suite.
Alors comment l'éducation des Citoyens peut-elle arriver à concilier la vie / survie d'un individu avec celle du reste ?
La suite au prochain épisode.
Fantômette, 01/06/2016
Notes :
- Conscientisation : notion sur laquelle a travaillé le pédagogue bréilien Paulo Freire (1921-1997).
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