Une analyse de la transformation de la langue française à l'ère de l'omniprésence de la technique et de l'informatique.
Présentation de l'éditeur :
"Je crois avoir dit tout ce qu'il est raisonnablement possible de dire en faveur de la novlangue, et même un peu plus. Après cela, je ne vois pas ce que l'on pourrait ajouter de plus convaincant pour en faire l'éloge. Cependant, l'ayant défendue en tant qu'elle est la plus adéquate au monde que nous nous sommes fait, je ne saurais interdire au lecteur de conclure que c'est à celui-ci qu'il lui faut s'en prendre si elle ne lui donne pas entière satisfaction."
"Tout comme son célèbre prédécesseur, la Déffence et Illustration de la langue francoyse (1549) de Joachim du Bellay, le livre de Jaime Semprun se présente comme un manifeste, texte destiné à faire naître la polémique. Toute l'argumentation tend en effet à prouver, selon l'auteur lui-même, que la novlangue est "la plus adéquate au monde que nous nous sommes fait" (p90), et par là se rapproche de la langue parfaite rêvée par de nombreux philosophes, Leibniz par exemple. Ce livre se veut donc provocateur."
Alice Béja Artelia - 20 juin 2005
"Ce petit livre ou pamphlet est difficile à cerner. Sous les traits d'un exposé très érudit il fait mine de défendre la nouvelle langue d'aujourd'hui appelée "novlangue". Cette dernière serait une langue parfaite pour notre monde actuel basé sur la technique et les machines, donc sur le concret et l'objectif.
L'ancienne langue appelée "archéolangue" est une pièce de musée sans avenir et incapable de s'adapter aux exigences de notre monde !
Pourtant sans connaître l'auteur (fils de Jorge Semprun) il me semble qu'il faut interpréter ce livre au second degré. [...]
La conclusion qui fait aussi office de présentoir sonne comme un aveu."
http://sitecon.free.fr
L'auteur rapproche le basic-english de la novlangue d'Orwell, à savoir un système simplifié, facilitant la communication utilitaire en même temps qu'il permet de contrôler le mode de pensée. C'est à cette novlangue que Jaime Semprun consacre son essai, en lui prêtant des contours élargis : "On ne saurait mieux dire son essence qu'en disant qu'elle est la langue naturelle d'un monde toujours plus artificiel.". C'est-à-dire que l'État n'a plus à intervenir, puisque nous alimentons de nous-mêmes les contours de cette autoroute, à grands coups de chantier et de domaine de compétence. Il s'agit toujours de parler plus abstraitement, et surtout plus ordonnément, de sorte que les mots rendent compte d'un univers positif ; la profusion des termes techniques est ainsi à l'unisson de l'"extension des domaines de la vie effectivement régis par la rationalité technique" : "si l'on creuse le sens des nombreuses locutions construites avec gérer ou gestion (...), on s'apercevra qu'elles disent beaucoup sur la manière dont chacun, à son niveau, a été responsabilisé pour assumer pleinement la charge qui lui incombe dans l'administration de la vie sociale".
Gilles Magniont - Le matricule des anges - N° 062 - Avril 2005 -
Extrait : l'automobile :
"En ne voyant qu'un objet isolé, tel que son utilité ponctuelle le fait passer pour bénin et de peu de conséquences. En revanche, dès qu'on le considère comme partie intégrante d'un ensemble, tout change. Et ainsi l'automobile, machine on ne peut plus triviale et presque archaïque, que chacun s'accorde à trouver bien utile et même indispensable à notre liberté de déplacement, devient tout autre chose si on la replace dans la société des machines, dans l'organisation générale dont elle est un simple élément, un rouage. On voit alors tout un système complexe, un gigantesque organisme composé de routes et d'autoroutes, de champs pétrolifères et d'oléoducs, de stations-service et de motels, de voyages organisés en cars et de grandes surfaces avec leurs parkings, d'échangeurs et de rocades, de chaînes de montage et de bureaux de "recherche et développement" ; mais aussi de surveillance policière, de signalisation, de codes, de réglementations, de normes, de soins chirurgicaux spécialisés, de "lutte contre la pollution", de montagnes de pneus usés, de batteries à recycler, de tôles à compresser. Et dans tout cela, tels des parasites vivant en symbiose avec l'organisme hôte, d'affectueux aphidiens chatouilleurs de machines, des hommes s'affairant pour les soigner, les entretenir, les alimenter, et les servant encore quand ils croient circuler à leur propre initiative, puisqu'il faut qu'elles soient ainsi usées et détruites au rythme prescrit pour que ne s'interrompe pas un instant leur reproduction, le fonctionnement du système général des machines."
Jaime Semprun (1947-2010) est un écrivain, essayiste, traducteur et éditeur français. Il a fondé et dirigé les Editions de l'Encyclopédie des Nuisances depuis 1991. Il développe, au fil de ses ouvrages et des publications qu'il édite, une critique radicale de l'Etat et de la société industrielle. À ce titre, il participe de la mouvance anti-industrielle.
(*) Le prix est indicatif. Il a été relevé à un instant donné et peut varier dans le temps ou selon les rééditions. A confirmer auprès de votre distributeur habituel.
|