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A propos du triptyque républicain :
Liberté-Egalité-Fraternité




Commençons par "l'égalité", elle n'est garantie ni par la République, ni par l'école de la République (nous précisons qu'il ne s'agit pas de confondre l'institution avec ses notes, ses classements,. conduisant à la compétition et les enseignant(e)s qui y travaillent et qui pour certain(e)s savent dire non et agissent pour permettre aux adultes en devenir d'apprendre par la coopération et l'expérimentation. Ce n'est pas davantage la loi qui garantit l'égalité (où la sacralisation de la propriété privée côtoie le droit au logement, où la liberté de circulation des capitaux et des biens côtoie celle des personnes, où le droit du travail côtoie les lois qui permettent légalement de le détricoter organisant l'insécurité généralisée et les violences qui vont avec.

L'égalité est un postulat.

L'égalité ce n'est pas l'égalitarisme, ce n'est pas la "mêmeté". chaque être humain est unique, et non différent, et par la même, chacun(e) à sa place et apporte sa modeste part au vivre ensemble, qui en retour renforce notre unicité et notre autonomie pour vivre ensemble, simplement, afin que les autres puissent simplement vivre pour paraphraser Gandhi.

Contrairement à ce qu'on nous raconte, isolé l'être humain s'étiole, en effet chacun(e) de nous ne peut grandir, ni devenir autonome, et donc libre, sans rencontrer les autres.

L'égalité c'est reconnaitre chaque être humain pour ce qu'il EST, et non pour ce qu'il fait ou ce qu'il a !. ainsi nous "échappons" aux catégories, aux hiérarchies sociales et à ses représentations induites par cet utilitarisme.

Précisons ce que nous entendons par chaque être humain est unique et non différent, en effet même les vrais jumeaux bien qu'identiques sur le plan de l'inné, vont forger leur unicité à travers l'acquis. Alors que la notion de différence renvoie à des normes et se met ainsi en place . l'inégalité. Il ne faut jamais oublier de prendre le temps de se poser ces questions : Qu'est-ce qu'une norme ? Ces normes sont édictées par qui ?, Pour quoi ?, Comment ? ...


De quelle liberté parle-t-on ?

Les "bien-pensant(e)s" nous enseignent que la liberté s'arrête où commence celle des autres. En suivant cette logique, cette prétendue liberté, consacre le fait "qu'un Homme est un loup pour l'Homme" et que nous sommes faits pour vivre isolément dans une prétendue société où nous pourrions faire ce que nous voulons sans se soucier des autres. En continuant le même raisonnement, puisqu'il faut alimenter la machine, nous ne nous soucions pas davantage de notre environnement et nous installons notre addiction à la consommation au quotidien, privilégiant le futile au détriment de l'essentiel. Ainsi puisque seule la "liberté" individuelle compte nous arrivons tout "naturellement" à ne plus mettre de limites à nos désirs : "seul(e) au monde je fais ce que je veux" et nous poursuivons cette course folle vers le toujours plus pour en arriver jusqu'au "transhumanisme" et à son "être augmenté", robotisé, lobotomisé par diverses prothèses qui lui font perdre toute humanité, jusqu'à perdre conscience que nous ne sommes que de passage sur cette Terre et que nous ne verrons jamais la fin (y-a-t-il une fin en dehors de la nôtre ?).


Contrairement à cette fable funeste la liberté de chacun(e) ne peut pas se concevoir sans prendre en compte celle des autres.

Depuis notre naissance nous avons besoin des autres pour survivre ; puis en cheminant et en nous rencontrant nous prenons progressivement conscience, au fil de l'école de la vie, que chacun(e) et tous, avons besoin des autres pour grandir. Pas à pas nous prenons la mesure des difficultés rencontrées sur les chemins de nos devenirs et construisons avec nos doutes et grâce à nos efforts notre propre autonomie, en apprenant de nos erreurs. Ainsi nous pensons chacun(e) nos propres limites et nous pensons en même temps avec les autres nos règles d'organisation pour vivre ensemble au sein d'une société réelle, prenant conscience que l'être humain n'est qu'une partie de l'ensemble du vivant.

La liberté, de chacun(e) et de tous, ne peut pas davantage se concevoir sans limites et nous retrouvons ici les chemins du Politique et de la démocratie directe, puisque au bout du bout ce sont des choix de vie qui nous concernent chacun(e) et tous et par la même nous engagent.

La Politique au sens des Anciens c'est "l'art de vivre ensemble" ; et aujourd'hui nous devons ajouter avec la nature.

La Politique c'est (re)faire société à partir des choses de la vie que nous rencontrons les un(e)s les autres au quotidien (le toit, apprendre, créer, se nourrir, l'accès à l'eau, aux semences, à la terre pour celles et ceux qui la travaillent, à l'énergie pour vivre sobrement, rester en santé,.).

La Politique ce n'est pas la compétition pour le pouvoir, c'est refuser le pouvoir afin de libérer nos capacités enfouies sous un formatage de tous les instants. C'est encore exercer notre esprit critique, construire nos savoirs (savoir-être, savoir-faire), retrouver notre dignité, retrouver le courage de DESOBEIR, c'est retrouver notre puissance d'agir. C'est donc s'entendre sur des règles de vie, soumises à expérimentation, pour vivre ensemble et avec la nature, c'est nous autogouverner.


Quant à la démocratie, aujourd'hui mise à toutes les sauces pour mieux la bafouer, précisons que la "démocratie" qu'on nous vend n'est que le système représentatif érigé en modèle universel par l'Occident. En suivant ce "modèle" nous avons abandonné nos devenirs aux mains de professionnel(le)s politicien(ne)s, de médias bien-pensants, de professionnel(le)s du syndicalisme et autres corps institutionnalisés. Par ailleurs, avec notre consentement par nos votes, "les puissants" ont remis les clés aux milieux économiques et financiers depuis les années quatre-vingt et sont chargés, aujourd'hui, par les véritables tenants du pouvoir, puisque l'économique a pris le pas sur le Politique, d'assurer la "paix sociale" afin que les affaires puissent continuer. D'autre part ils/elles servent d'artifices pour nous faire croire que nous sommes en démocratie.


La démocratie réelle ne peut être que directe, c'est l'affaire de n'importe qui et ça commence par se parler, sortir des différents estancos pour aller à la rencontre des autres sur la place publique.

La démocratie ce n'est pas le consensus à priori. La démocratie c'est le conflit dans le sens de la discute voire de la dispute ce qui n'exclut aucunement la fraternité, tout au contraire, puisque chacun(e) est égal aux autres et apporte sa part pour grandir avec les autres en humanité.

C'est autour de l'égalité et de l'autonomie que nous pourrons à nouveau explorer les chemins de l'émancipation, personne ne nous émancipera à notre place, s'émanciper et non émanciper, cela commence sans doute par décroire.

Mettons pieds à terre pour arrêter cette fuite en avant. pour aller où ?, pour quoi ?, comment ?

Osons interroger aussi à nouveau nos racines et toutes les cultures avec leurs différents modes d'organisation (aucune culture n'est supérieure aux autres), nous ne pouvons pas "faire table rase du passé" et nous ne voulons pas pour autant recopier le même schéma. De ces questionnements nous tirerons matière à création, le devenir est intrinsèquement lié au passé.

Tricotons à nouveau les liens entre êtres humains d'ici et de là-bas. Mettons aussi, chacun(e) en lien nos connaissances et nos expériences, partageons-les avec les autres pour reconstruire au fil du temps nos savoirs.

Sortons ainsi de la compétition, retrouvons l'entraide (et non l'aide), et la coopération.

Précisons que l'entraide est fondée sur la valeur d'usage, le donner/recevoir/rendre, entre êtres humains égaux ; alors que l'aide porte en elle l'inégalité avec d'un côté les dominants, celui ou celle qui "donne" et de l'autre les dominés, celui ou celle qui reçoit et courbe l'échine par reconnaissance envers son maître.

Sortons de la tyrannie de la valeur d'échange fondée sur l'argent et de la vision binaire du monde oscillant entre le pour et le contre tout en gardant la même matrice et ce au nom de la Raison !, ce qui conduit à l'uniformisation de la pensée et donc à celle des êtres humains.

Réapproprions-nous l'espace public non pas au sens de la possession, tout simplement au sens de l'usage le temps de notre passage, de l'entretien et de la restitution aux générations suivantes le jour de notre départ venu.

Expérimentons des chemins de traverse pour faire autre chose et autrement afin de redonner sens à nos vies où prennent place aussi les émotions. La raison ne peut pas aller sans le cour.



Aix en Provence, le 6 septembre 2014, Claude, avec mes remerciements à ma compagne pour son entraide.
via Bernard Bruyat (Université du Pas de Côté)



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