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Le salarié jetable


Etats-Unis : la pression sur les salaires



Aux Etats-Unis, la tendance, dans les entreprises, est de bafouer et de démanteler sans état d'âme le Code du travail.

Si les cours de la Bourse se portent si bien, c'est en grande partie parce que les firmes américaines ont marqué des points dans leur "guerre contre les salaires". En effet, les bénéfices après impôts ont plus que doublé depuis 2000. Cela est dû à la fois à l'augmentation de la productivité des salariés (plus de 15%) et à la pression sur les salaires, comme par exemple le refus de fournir une couverture maladie à un nombre de plus en plus grand de leurs employés.

L'exemple typique est celui du géant de la distribution, Wal-Mart, connu pour ses bas salaires et ses faibles avantages sociaux. Son souhait serait de disposer d'employés peu payés et qui ne "s'accrochent" pas trop longtemps à leur poste pour que l'entreprise n'ait pas à augmenter leurs salaires ni leurs prestations sociales.

Parmi les solutions mises en oeuvre ou envisagées par Wal-Mart pour baisser les coûts salariaux :
  • faire davantage appel au travail à temps partiel, ce qui permet de baisser la contribution à l'assurance-maladie.
  • plafonner les salaires pour ne plus avoir à augmenter les plus anciens.
  • dissuader les salariés de demeurer trop longtemps dans l'entreprise. Exemple : La direction, dans certains magasins, "interdit aux plus anciens, qui ont des problèmes de dos ou de jambes, de s'asseoir sur des tabourets", comme le signalent certains salariés.
Wal-Mart ne craint pas les réactions des syndicats, d'autant que ceux qui sont chargés de faire appliquer le droit du travail sont du côté des employeurs. Le "National Labour Relation Act", loi de 1935 sur les relations entre les patrons et les salariés, interdit de licencier un travailleur à cause de ses activités syndicales. Mais depuis les années 1970, les patrons ont réussi à faire en sorte qu'il soit de plus en plus détourné. Le conseil chargé de faire appliquer cette loi - les républicains y sont majoritaires - a estimé qu'elle ne concerne pas les cadres et que les millions de salariés à qui il arrive de donner des instructions à d'autres travailleurs doivent être considérés comme étant des cadres.

Faire de leurs employés des produits jetables est devenu, pour les grandes entreprises comme Wal-Mart, le moyen le plus sûr de réduire les coûts salariaux et d'augmenter la productivité. Les syndicats ne sont plus à craindre et les gouvernants censés protéger les travailleurs font tout pour faciliter cette stratégie des entreprises.

Les propriétaires des entreprises françaises sont les mêmes que ceux des firmes américaines, c'est-à-dire qu'ils ont les mêmes attentes en manière de revenu de leur capital. Nous savons donc maintenant ce qui nous attend, si nous ne faisons rien... tout de suite. Après il sera trop tard.


Pierre Tourev, 17/11/2006



    Note : Ce texte s'inspire d'un article de Paul Krugman, professeur d'économie, publié dans le New York Times et repris dans Courrier International n°836 du 9 au 15 novembre sous le titre "Le salarié jetable, un concept en vogue outre-Atlantique".


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