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En finir avec la Ve République bonapartiste




Une partie des Français auraient-ils la nostalgie de la monarchie absolue ? A cause de la guillotine qui a raccourci Louis Capet (Louis XVI), cette nostalgie est sans doute inavouée et refoulée. A défaut de monarque, il leur reste l'homme providentiel, celui qui, tel Zorro, vient sauver la France et son bon peuple. Nous avons eu Napoléon Ier et Napoléon III. Nous avons failli avoir le général Boulanger. Le maréchal Pétain a tenu ce rôle quelques temps. Le général de Gaulle a créé un système sur mesure avec un habillage républicain, la Ve République. Nicolas Sarkozy s'y voyait déjà.

Dans un article du Canard enchaîné du 4 avril 2012, intitulé "parti prenant", consacré au livre de Jean Guiloineau "La double mort d'une République ordinaire" (Les Editions Mutines), Jean-Luc Porquet évoque la transition entre la IVe et la Ve République :
"Selon une intense propagande gaulliste, "jamais remise en question depuis 1958", la IVe République n'est pas morte à cause du bourbier algérien et du putsch militaire qui en est issu. Mais à cause d'une tare fondamentale : "le régime des partis", qui mène forcément à l'"instabilité gouvernementale", et donc à l'"impuissance". Guiloineau rappelle que la IVe ne s'est pourtant pas si mal débrouillée que ça au sortir de la guerre, qu'elle a réussi à reconstruire un pays ruiné, déchiré, a réglé le problème indochinois, etc. Mais pour les gaullistes, les partis, c'est forcément l'horreur."
Depuis l'instauration de la Ve République, celle-ci n'a cessé de se présidentialiser, pour ne pas dire bonapartiser, d'abord autour du général de Gaulle avec l'élection du président de la République au suffrage universel. La médiatisation de plus en plus forte de cette élection contribue à en faire d'abord un choix d'homme plutôt qu'un choix de société ou de programme de gouvernement. Depuis 2000, avec la réforme de la Constitution qui ramène de 7 à 5 ans la durée du mandat du chef de l'Etat et qui positionne son élection avant celle de l'Assemblée nationale (inversion du calendrier) la vie politique française est désormais focalisée sur l'élection présidentielle. Désignée juste après le président de la République, l'Assemblée nationale a toutes les chances d'être de la couleur politique de celui-ci.

Comme l'a montré Nicolas Sarkozy pendant son règne, pardon, pendant son mandat, le chef de l'Etat n'est plus le président de tous les Français, mais le chef de sa majorité composée de députés dociles, prêts à tous les renoncements pour ne pas déplaire au président-guide. L'assemblée des représentants de la nation, devenue simple chambre d'enregistrement, est marginalisée face un pouvoir exécutif fort prédominant.

Par la dérive autocratique et bonapartiste à laquelle on assiste depuis une cinquantaine d'années, le débat politique est étouffé. Désormais, le président, qui se veut l'émanation du peuple tout entier, voire à lui seul son incarnation, fixe lui-même les débats de société (identité nationale, immigration, sécurité) et stigmatise ceux qui ont le tort de lui déplaire. "Bonaparte ne veut voir qu'une seule tête. La sienne", conclut Jean-Luc Porquet dans son article.

Cette République bonapartiste, nous n'en voulons plus. Il est grand temps de passer à une sixième République qu'appelle de ses voeux une part croissante des électeurs de gauche.


Pierre Tourev, 17/04/2012



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