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La rébellion économique

De multiples formes d'action contre le système en place



A l'heure où tout tend à devenir marchandise, où l'économie ultra-libérale prend le pas sur la politique, où les multinationales toutes puissantes détruisent les économies nationales, où les médias indépendants sont marginalisés, où les marchands de publicité font de nous des consommateurs disciplinés, que reste-t-il à ceux qui veulent vivre autrement ? Leur bulletin de vote ? Un jour, sans doute encore lointain, viendra où l'on pourra vivre autrement. Mais en attendant que cet ambitieux projet mûrisse, que faire ?

De quel moyen d'action disposent ceux qui en ont assez de cette société de consommation, de l'argent roi, comme but ultime, d'un capitalisme sans scrupule ?

Ne pourrait-on pas trouver ce moyen d'action - tel un judoka utilisant la force de l'adversaire pour le faire chuter - dans notre manière de répondre aux sollicitations dont nous sommes victimes ? En effet, qu'attend-on de nous, sinon que nous consommions toujours plus, comme on nous le martèle en permanence ? Si nous consommons docilement, tout va bien : le peuple a du pain et des jeux. Les délocalisations continuent, la pauvreté et les inégalités progressent. Et, pour les détenteurs de capitaux, les bénéfices sont au rendez-vous.

Mais les équilibres économiques sont fragiles, un grain de sable dans la consommation, quelques pourcentages en moins à quelques endroits bien choisis et la machine peut s'enrayer, se dérégler. Les profits vont s'éroder. Le capitalisme et le néolibéralisme seront pris par là où cela leur fait mal, c'est-à-dire par les bourses.

Ce que j'appelle "rébellion économique" est un ensemble de comportements de la part de personnes "rebelles"* à la société de consommation telle qu'elle existe à l'heure actuelle. Ceux-ci, volontairement, consomment de manière inhabituelle, imprévisible, inattendue. Ces actions ont lieu en toute légalité, car personne ne peut imposer à quiconque de consommer d'une manière déterminée.
    * Le rebelle est celui qui résiste, qui refuse de se plier à...

En faisant un parallèle (partiel seulement) avec la désobéissance civile, on peut essayer de définir la rébellion économique par ses caractéristiques :
  • des actions volontaires nécessitant un engagement personnel,

  • des actions publiques, c'est-à-dire réalisées ouvertement,

  • des actions collectives concertées, ciblées, pour plus d'efficacité. Ceci n'exclut pas des attitudes individuelles de rébellion économique par conviction personnelle,

  • les acteurs ont conscience de contraintes qu'ils peuvent supporter : payer un prix plus élevé, acheter plus cher un bien plus loin de chez soi; ne pas avoir exactement le produit que l'on souhaite, se sentir frustré en ne satisfaisant pas un désir d'achat...

  • éviter autant que possible les dommages collatéraux (risques de licenciement économique pour des employés qui ne sont pas directement concernés par le conflit),

  • n'utiliser que des moyens légaux,

  • faire appel à des principes éthiques "supérieurs", éloignés de ceux mis en oeuvre habituellement dans un acte d'achat : équité (condition de travail, rémunération correcte d'ouvriers), écologie, environnement social à long terme.

Exemples d'actions ou de démarches pouvant être qualifiées de rébellion économique

    Actions / Démarches Objectifs
    Boycotter un produit, une marque, un pays, c'est faire pression sur la cible pour qu'elle réponde à une demande déterminée.

    Commerce équitable
    Garantir à de petits producteurs dans des pays en développement un prix de vente minimal, un prix "juste ", à l'abri des fluctuations du marché, moyennant un surcoût volontairement accepté par le consommateur.

    Commerce éthique
    Influer sur les conditions sociales et d'environnement des entreprises des pays en développement : travail des enfants, salaires minimaux, droit d’association, etc.

    Placement financier dans des banques éthiques
    Financer des initiatives et des entreprises en alliant la viabilité financière et la plus-value pour la société : qualité de vie, environnement, développement durable.

    Produits biologiques
    Avoir une alimentation plus saine et faire pression sur le marché pour une agriculture moins intensive.

    Privilégier l'achat de produits fabriqués à proximité.
    Favoriser le développement du tissu économique local, l'environnement social à long terme. Réduire les consommations d'énergie nécessaires aux transports et les pollutions qu'elles entraînent.

    Publicité à contre-pied
    En achetant un produit B quand la publicité nous dit d'acheter A, c'est rendre vaines les campagnes publicitaires qui polluent notre environnement et nous agacent.

    Réduction de la consommation de viande.
    Optimiser l'utilisation des ressources de la planète car la viande est un aliment ayant un rendement énergétique très faible (consommation de nourriture végétale par l'animal au détriment de la satisfaction des besoins alimentaires de l'homme).

    Améliorer la qualité de la vie en réduisant la dépendance à l'argent et à la vitesse, dégager du temps pour la communauté et encourager les attitudes écologiques et respectueuses de la société.

    Développer les relations sociales et transformer le rapport avec l'argent, en lui retirant son pouvoir de se reproduire, par le biais des intérêts, du simple fait d'en posséder.
    Faire pression sur le gouvernement en provoquant une baisse des recettes fiscales et de la TVA collectée en particulier, pour l'obliger à adopter un certain nombre de mesures revendiquées.

Il y a ainsi de multiples manières de contribuer à la construction d'un monde différent, en changeant nos comportements individuels et collectifs.

Face à la toute puissance du capital et à un bi-partisme qui ne laisse pas de place à ceux qui veulent remettre en cause le système actuel pour un monde meilleur, la rébellion économique peut devenir un moyen pacifique puissant pour faire entendre une autre voix, pour faire pression, pour infléchir des politiques, voire pour abattre les nouvelles féodalités supranationales. Sa capacité de nuisance envers le système en place n'a pas encore, et de loin, été exploitée.


Pierre Tourev, 04/03/2007



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