La Toupie  >  Textes  >  "Opium du peuple" ...

"Opium du peuple"
pour acheter la paix sociale


Comment on peut être exploité et heureux de l'être



Dans sa critique de "La philosophie du droit" de Hegel, 1844, Karl Marx faisait de la religion "l'opium du peuple", c'est-à-dire un puissant antalgique, permettant aux êtres humains de supporter leur misérable condition d'exploités avec l'espérance d'un hypothétique au-delà.

Si la religion joue encore ce rôle, avec la sécularisation de la société elle a perdu le monopole de gardien de la paix sociale. D'autres sources d'espérances factices, d'illusions, d'exutoires en tout genre se sont développées ou sont apparues.

Crédulité, envie, facilité, grégarité … les faiblesses humaines sont exploitées pour détourner l'esprit des citoyens des réels problèmes, pour mobiliser leur attention sur des questions secondaires, insignifiantes ou futiles, pour les détourner des vrais problèmes.
Sans oublier l'alcool, le tabac ou les drogues "classiques", voici quelques uns des nouveaux opiums du peuple :

La loterie, le tiercé et autres jeux de hasard.
Avec une mise modique et une égalité des chances, ils sont un succédané de démocratie. La probabilité de gagner des millions et une place au soleil est infime, sauf pour l'Etat ou ceux qui les organisent. (Voir l'article : "Du pain et des jeux").

Le sport-spectacle
Le lien social que le sport-spectacle prétend tisser est illusoire. Au contraire, par le phénomène de "meutes sportives" décrit par le sociologue Jean-Marie Brohm, le sport-spectacle exacerbe les passions exclusives, le chauvinisme, l'exclusion et le narcissisme collectif. Mais c'est surtout un puissant moyen pour canaliser les pulsions de révolte et détourner les consciences des causes réelles de la misère, des inégalités et de l'injustice. Quant à s'extasier devant les exploits de millionnaires jouant au ballon…. chacun ses goûts.

La télévision
Portée par des intérêts financiers et marchands, la télévision transforme le téléspectateur en consommateur. Pour capter son attention elle propose un matraquage visuel qui progressivement réduit les capacités cognitives. (Cf une étude réalisée en mai 2006 par le journal Allemand Die Welt, publiée également par Courrier International). Voir aussi Tous scotchés (Le Canard Enchaîné - 4 juin 2008).

La TV réalité
Conçues pour plaire au plus grand nombre, les émissions de TV réalité ou "reality show" proposent une réalité virtuelle, mise en scène, fondée sur le spectacle, l'exhibitionnisme de la part des acteurs, le voyeurisme des spectateurs, les stéréotypes…. Elles placent les téléspectateurs sous influence et les incitent à vivre par procuration.

Les jeux vidéo
On dit que les enfants et les adolescents savent faire la différence entre la fiction et la réalité. Mais jusqu'à quel point ? Les phénomènes d'addiction dont sont victimes les adolescents et les jeunes adultes ne sont plus à démontrer. Les jeux, sans fin, sont conçus pour stimuler l'envie de jouer toujours plus longtemps, avec le risque de dépendance et d'isolement social que cela entraîne, comme avec la drogue classique.

Les mondes virtuels
Ces mondes artificiels accessibles par Internet, tels Second Life, Entropia Universe, Active Worlds…, accueillent des communautés d'utilisateurs qui vivent une "autre vie", sous forme d'avatars. Comme les jeux vidéo, les mondes virtuels sont très consommateurs de temps et évitent d'affronter la dure réalité du "vrai" monde.

S'émanciper en restant maître de son temps libre de conscience (voir l'article sur les "Objets temporels) voilà, me semble-t-il l'un des enjeux de l'humanité au XXIe siècle.


    "La croissance est un sédatif politique qui étouffe la contestation, permet aux gouvernements d'éviter l'affrontement avec les riches, empêche de bâtir une économie juste et durable. La croissance a permis la stratification sociale que même le Daily Mail [quotidien conservateur] déplore aujourd'hui."
    George Monbiot - The Guardian, repris dans Courrier International du 2 au 9 janvier 2008


Pierre Tourev, 27/06/2008


Voir les citations sur l'opium du peuple


Accueil     Textes     Haut de page