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Vers de nouvelles bulles spéculatives


"La bombe à retardement, c'est dans l'immobilier"




Paul Jorion est anthropologue, sociologue, économiste et spécialiste des sciences cognitives. Il avait été l'un des rares spécialistes à prévoir la crise des subprimes qui a atteint les Etats-Unis avant qu'elle ne se transforme en crise financière mondiale, puis en crise économique.

Dans une interview accordée au journal Libération du 18 janvier 2010, Paul Jorion considère que toutes les conditions sont réunies pour une nouvelle crise dans l'immobilier. En l'absence "de mesures dignes de ce nom" après la crise des subprimes et les faillites en cascade, la spéculation est redevenue l'activité la plus importante dans les salles de marché. Pour placer leurs liquidités qu'ils ne peuvent plus orienter vers les produits financiers sophistiqués dont personne ne veut, les établissements financiers se tournent vers le marché des actions ou des matières premières alors que cela ne se justifie pas du point de vue de l'économie réelle.

Malgré les discours, rien n'a changé après la crise financière. Pour Paul Jorion, la première décision des dirigeants du monde "a été de tenter de relancer l'économie en relançant le crédit, alors que le monde s'écroulait justement à cause d'un surendettement". En fait, cette croissance de l'endettement dure depuis trente ans. Elle est due à l'écart qui se creuse dans la répartition de la richesse entre la part qui va dans les salaires et celle qui revient au capital et qui alimente la spéculation. Compenser des salaires insuffisants par davantage de crédits, c'est soigner le mal avec le même remède que celui qui a conduit à la crise.

Avec cette spéculation sur les marchés actions et sur les matières premières, de nouvelles "bulles spéculatives" vont se produire. La crise qui a touché Dubaï est un exemple de ce qui nous attend.

"La bombe à retardement, c'est 2012, c'est l'immobilier commercial : les centres commerciaux, les stations touristiques, les bureaux, un peu partout dans le monde. Leur situation est financièrement dramatique. Tous ces actifs immobiliers ont été achetés à crédit et leur niveau actuel de recettes ne suffit pas à couvrir les échéances de crédits."

Paul Jorion prédit que les investisseurs qui se sont beaucoup endettés pour acquérir ces biens immobiliers ne pourront plus renouveler leurs crédits qui arrivent à échéance en 2011 et 2012 et que donc "le pire est devant nous".

2008-2012 : le délai sera trop court pour que les opinions publiques oublient les promesses des gouvernants qui voulaient tout réparer, qui voulaient réformer le capitalisme, le moraliser, mais qui l'ont remis sur les rails sans prendre en compte la gravité de la situation. C'est tout le système capitaliste qui est "porteur des dérives spéculatives" et qui est défaillant.

En 1789, c'était "Ah ! Ça ira, ça ira, ça ira".

Bientôt, le peuple sera en droit de dire "Maintenant, ça suffit".


Pierre Tourev, 11/02/2010



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