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Mondialisation

Dichotomie du centre et de la périphérie



Préambule :

"Nous n'appartenons plus qu'à un seul monde. Nous expérimentons des versions locales du monde et, en le faisant, nous devons nous localiser dans le contexte le plus large du global." [1]

Ambigüité sémantique de la "mondialisation"

Il y a ambivalence lexicale du fait du flottement sémantique et contextuel dans le sillage du dico de langue française. Nous remarquons une définition neutre, une autre égocentriste dans le champ anglophone pour des raisons d'anachronisme historique.

La mondialisation (Le Robert) est le fait de devenir mondial, se répandre dans le monde entier. Le sens charrie l'idée de l'expansion géographique du phénomène à une échelle plus élargie.

En revanche le sens de la globalisation des années 80 est économique. Il met de l'avant les convergences des marchés du monde entier, l'accélération des flux de capitaux en dehors des frontières nationales, échappant au contrôle de l'Etat. Nous sommes en plein du "néolibéralisme" Yankee.

Nous remarquons la coexistence de plusieurs mots pour un seul phénomène socio-économique. Un point de vue basé sur le partage, la circulation des biens et services techno et scientifiques à travers le territoire planétaire. Un autre basé sur l'économie uniquement. Amas de capitaux entre les mains des plus riches du monde sur fond d'exclusion du reste de l'humanité.

Cependant, l'humanité avec les avancées scientifiques tous azimuts se conjugue au pluriel, rejette l'uniformité et le formatage de l'esprit et comportements où qu'ils soient. La société du savoir devrait prendre son destin entre les mains, ouvrir des fenêtres au lieu de dresser les murs de la haine et la séparation.

A scruter de plus près le sens de globalisation, on se rend compte que les valeurs marchandes sont mises à l'avant compte non tenu des cultures locales. L'égocentrisme américain, à un degré moindre occidental sont à l'honneur. Il s'ensuit un repliement vers des intérêts individuels sans précédent... les rapports se déshumanisent, sont en proie à la marchandisation, les relations humaines s'effilochent, les frontières deviennent poreuses face au flux des capitaux, à la Taylorisation criante. Du moment, les relations internationales deviennent tendues, le partage cède la place au conflictuel. L'empire américain se lance dans des aventures suspectes, font des guerres infondées et secrètes en s'aidant d'une armada médiatique diffusant les infos mensongères. Le désordre mondial est régi par une main invisible, celle des méga sociétés, des banquiers sans scrupules flirtant avec le "pétro dollar" et consorts. Depuis, l'avenir de l'humanité devient opaque et incertain. Les relations internationales connaissent la dérive et subissent les soubresauts de la mondialisation effrénée en proie au gain facile et à la cupidité des firmes industrielles. Une société de consommation est née épousant une éthique matérialiste subordonnée à l'argent, à l'égoïsme... Depuis, l'avenir de l'humanité a basculé vers l'opacité et l'incertitude. Sous le joug du magma mondialisé, l'Occident perd ses valeurs d'antan, les repères historiques hérités de grandes figures humanistes et accros de connaissances à toutes les échelles du savoir. Mais la source demeure toujours au-dessus de la fontaine. Les générations précédentes furent enrichies par les valeurs fondatrices de leurs maîtres à penser.

Aux temps modernes, nous assistons à la société du spectacle qui asservit les esprits, ampute la raison critique. Les médias à leur tour tombent dans le guêpier globaliste et globalisant pour se muer en armes silencieuses et serviles semant la haine, la discorde, la désagrégation de l'être humain. La vérité se perd au profit de la manipulation, des infos inintéressantes ; l'important se dégrade face au futile. Les conflits biaisés aveuglent les peuples. L'Etat national gouverné par des gloutons extérieurs, la main invisible des "non-élus" formant au demeurant des gouvernements fantoches adoubés aux grandes firmes industrielles. L'oligarchie ainsi née accumule tous les pouvoirs qui cheminent vers la dictature, le viol du patrimoine local, du bien public, celui des générations à venir. Les richesses mémorables sont dilapidées pour servir la cupidité de l'individualisme effréné.

L'eldorado du bonheur humain promis fut un mirage hantant les esprits crédules. Le malaise s'en prend à des gens tourmentés jusqu'à la moelle.

L'autocratie devient monnaie courante du trône. La médiocratie supplante la méritocratie (les mérites sont évincés), le favoritisme prend le devant de la scène politique mondiale.

Bref, un large fossé se creuse entre les pays riches et les démunis, le centre et la périphérie créant un déséquilibre abominable entre les peuples.

L'issue du labyrinthe ?

Une solidarité planétaire sera la planche du salut de l'Humanité. Les esprits sont tenus aujourd'hui de se débarrasser de la servitude, la subordination à l'uniformisation et éviter de justesse l'apocalypse de la robotisation. Le partage citoyen du pouvoir avec les politiques est de mise pour recouvrir les valeurs des richesses culturelles qui se coupent entre la communauté. La diversité en son essence est productive, un élément -catalyseur du progrès social.

Repenser aussi les vies humaines et explorer de nouvelles normes face au chaos engendré par le nouveau "désordre mondial". Réconcilier entre les avancées technologiques et l'humain.

Est-il temps de sortir de l'ornière d'une mondialisation ravageuse et ambigüe ?


Sadok Gaidi, 04/07/2016




Note de la Toupie :
  1. Tim O´Riordan, Globalism, Localism and Identity, 2001



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