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Grève générale de la consommation


Une nouvelle forme d'action ?




Dans l'article "Le boycott comme arme politique", j'évoquais une nouvelle forme possible d'action, basée sur la grève de la TVA.

La variante que je décris ici pourrait être dénommée "Grève générale de la consommation", en attentant de lui trouver une meilleure appellation.

Travailleur et consommateur

Dans notre société actuelle, c'est-à-dire capitaliste, on travaille pour pouvoir être consommateur. Etre à la fois travailleur et consommateur confère à l'Homme son véritable statut social et lui vaut d'être perçu comme un "bon citoyen". La grève classique, celle du travailleur, permet de faire pression sur ceux qui utilisent la force du travail, c'est-à-dire les employeurs et plus rarement sur le gouvernement, en cas de grève générale. La grève du travail a ses limites, en termes de mobilisation et d'efficacité. L'augmentation du chômage, la précarisation du travail et l’affaiblissement des syndicats, notamment dans le secteur privé, contribuent à diminuer sensiblement l'utilisation de ce moyen d'action. La "Grève générale de la consommation", quant à elle, concerne le second terme de l'équation du "bon citoyen", le consommateur.

Finalité de la "Grève générale de la consommation"

La grève de la consommation peut être partielle quand il s'agit de boycotter une marque ou les produits d'un pays déterminé. La forme dont il est question ici est l'équivalent de la grève générale classique.

Cette action part du constat que les équilibres budgétaires sont précaires et sensibles à une faible variation des paramètres économiques. On a pu le constater avec la crise économique amorcée en 2008 qui a fait exploser les déficits des Etats et qui a provoqué un accroissement de l'endettement.

Le but de la "grève générale de la consommation" est de faire pression sur le gouvernement en provoquant une baisse des recettes fiscales et de la TVA collectée en particulier, pour l'obliger à adopter un certain nombre de mesures revendiquées avec détermination par les grévistes de la consommation. Rappelons que la TVA représente près de 50% des recettes fiscales et qu'elle constitue l'impôt le plus injuste car, proportionnellement, elle touche davantage les plus pauvres.

Le pouvoir de non-achat : une double pression sur le gouvernement

La "grève générale de la consommation" consisterait, pour ceux qui décideraient de s'y lancer, à réduire sensiblement leurs dépenses pour faire chuter, au niveau national, les recettes de TVA. Ainsi, si 20% de la population baissait de 25% ses dépenses soumises à TVA, les recettes de TVA baisseraient de 5%, ce qui représenterait 2,5% des recettes totales de l'Etat soit environ 7 milliards d'euros si on y inclut les taxes assises sur la consommation, comme la Taxe intérieure sur les produits pétroliers.

La pression sur le gouvernement serait double :
  • directement par la baisse des recettes et son impact sur les finances de l'Etat,
  • indirectement par la pression que ne manquerait pas d'exercer sur le gouvernement un patronat désireux de revenir à une situation économique "normale".
Ainsi un "bras de fer" s'exercerait entre le gouvernement et une partie importante des citoyens déterminés à le faire plier pour qu'il accède à ses revendications.

Caractéristiques de la "grève générale de la consommation"

La "grève générale de la consommation" est une forme d'action qui présente l'avantage d'être non violente, de pouvoir être suivie par chaque citoyen, quel que soit son milieu social, quel que soit son âge, qu'il soit actif ou inactif. Chacun peut y contribuer selon ses moyens, selon son engagement politique ; ce n'est pas une action "tout ou rien".

Cependant, contrairement à la grève générale classique qui doit être massive et limitée dans le temps, la "grève générale de la consommation" ne peut être que progressive pour que la mobilisation puisse se développer et doit s'étaler sur plusieurs semaines, voire plusieurs mois pour être efficace.

Hormis quelques sacrifices de confort somme toute relatifs, les "grévistes de la consommation" n'ont rien à y perdre, ils peuvent même y gagner puisqu'en dépensant moins ils vont faire des économies, contrairement à la grève du travail. Ils feront prendre conscience au reste de la population résignée devant la remise en cause des acquis sociaux, qu'il s'agit-là d'un moyen efficace d'action.


Pierre Tourev, 07/10/2010



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