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Les grandes fêtes de la consommation


L'archipel de la culpabilisation




Qu'ont en commun les grandes fêtes qui jalonnent depuis quelques décennies notre calendrier ? Elles font toutes des heureux, les enfants et les plus grands à Noël, les fêtards le 31 décembre, les gourmands à l'Epiphanie, les amoureux à la Saint-Valentin, les mères à la fête des mères, les pères à la fête des pères, etc. Sans oublier la fête des grand-mères, celle des grands-pères, La Toussaint, Halloween, etc.

Et pourquoi pas la fête des cousins (ça commence !), des neveux et des nièces, des oncles et des tantes, des arrière-grands-parents, des animaux de compagnie, etc. !
Il reste encore de la place sur le calendrier !

Ces fêtes font aussi d'autres heureux, ceux qui en sont les premiers bénéficiaires : les marchands de jouets, les restaurateurs, les fleuristes, les pâtissiers, les parfumeurs, les joailliers, et bien sûr la grande distribution.

Même celui qui achète un cadeau est censé être heureux, puisqu'il a, comme lui répète-t-on sans arrêt, le "plaisir d'offrir".

Il serait plus exact et moins hypocrite de dire que toutes ces fêtes sont des fêtes de la consommation.

Prenons l'exemple de la Saint Valentin. Faut-il attendre le 14 février pour faire un cadeau à celui ou à celle que l'on aime. Bien sûr que non, on peut le faire toute l'année, lorsqu'on en a envie. Mais si ce jour-là vous oubliez ou si vous ne prévoyez rien, vous avez toutes les chances de vous sentir en faute, de culpabiliser. "Je ne suis pas un bon amoureux !", "Je ne suis pas à la hauteur" ... si je ne suis pas les recommandations des campagnes de marketing. "Acheter sinon vous culpabiliserez", tel est le message subliminal de l'avalanche de publicités qui s'abat sur tous les espaces spatio-temporels disponibles.

La culpabilisation du consommateur est le moteur de ces fêtes et sans doute l'une des clés du succès de ce qu'il faut bien appeler de la manipulation. A l'approche de ces moments forts du calendrier consumériste, les messages publicitaires nous rabâchent qu'il est de notre devoir de faire des cadeaux. La capacité du consommateur à résister à la "tentation" est mise à rude épreuve car, en parallèle, les magasins regorgent de bonnes "affaires" et d'une multitude d'idées de cadeaux afin de rendre hommage à la personne dont c'est la "fête".

Apprenons à résister, à détourner les yeux des publicités culpabilisantes, à ne pas succomber à leurs injonctions.

Apprenons à faire une longue queue dans une pâtisserie aux vendeuses débordées, le dimanche de la galette des rois, pour ne demander, au final, qu'une simple baguette de pain. Avec en plus, pour tout républicain qui se respecte, le devoir de ne pas fêter les rois.


Pierre Tourev, 26/03/2011



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