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Crise alimentaire :


la faillite de la mondialisation libérale



De juin 2007 à mars 2008, dans le monde, le prix des denrées alimentaires a augmenté de 55%, provoquant dans plusieurs pays en développement des manifestations contre la vie chère, voire des émeutes. En effet, ce sont les plus pauvres qui dépensent le plus en proportion pour l'achat de nourriture. Ils sont donc les plus sensibles aux augmentations de prix. La crise ne fait sans doute que commencer et risque d'avoir des conséquences dramatiques pour la planète.

Les causes du mal sont connues et mettent en évidence les travers de tout un système économique et d'un mode de vie. Cette crise profonde, et sans doute durable, pourrait être l'occasion d'une réflexion ou d'un débat sur des solutions radicales plutôt que de poursuivre avec de simples replâtrages sans changer le fond de la politique qui a conduit à cette situation.


L'engouement pour les biocarburants

Avec la croissance de la demande mondiale et l'épuisement à moyen terme des ressources en hydrocarbure, les prix du pétrole flambent. De nombreux pays ont vu dans les biocarburants la panacée et détournent de leurs usages alimentaires d'énormes quantités de maïs et de colza, en les subventionnant. Selon le FMI cela représenterait entre 20 et 50% de la production mondiale.
Il faut vite arrêter cette ineptie. Pourquoi ne pas s'attaquer à la source du problème et réduire drastiquement les transports et déplacements. Une taxation accrue des carburants, une meilleure utilisation des moyens de télécommunication, associées à une politique volontariste de relocalisation de l'économie, permettraient de réduire la demande de pétrole et de financer la recherche dans les énergies renouvelables et dans l'isolation thermique.


La spéculation financière

Attirés par l'odeur de la hausse des cours et des perspectives de gains financiers importants et méfiants envers les banques depuis la crise des "subprimes", des fonds d'investissement et des capitaux achètent et stockent des denrées alimentaires, contribuant ainsi à la hausse des prix. Ils sont, par exemple, à l'origine de la hausse de 30% du cours du riz le 28 mars à la Bourse de Bangkok.
Peu importe que des millions de personnes souffrent de malnutrition, le plus important est de réussir un gros coup et de gagner des millions !"
En d'autres temps, on les aurait appelés des affameurs… et passés par les armes.
Il faudra bien un jour s'attaquer pour de bon à ce fléau mondial qu'est la spéculation.


Les changements climatiques

Inondations en Asie, sécheresse en Australie et au Kazakhstan, hivers rigoureux en Chine, ouragans en Amérique latine, les changements climatiques liés à l'effet de serre semblent être une tendance lourde. La production agricole est d'autant plus sensible aux aléas climatiques que dans les grands pays, la culture intensive a atteint ses limites en terme de surfaces, de fertilité et d'irrigation.
S'il n'est pas déjà trop tard, on peut au moins essayer de retarder la catastrophe finale, avec les mêmes méthodes que pour réduire la consommation de pétrole.


Les effets induits de la libéralisme et du libre-échange

La politique de libéralisation à marche forcée, prônée par la Banque mondiale et le FMI, ont eu pour effet de fragiliser encore plus les petites exploitations agricoles des pays du Sud qui se sont vues concurrencées par les exportations subventionnées des pays riches. Pendant ce temps, les plantations pour l'exportation étaient encouragées pour le remboursement des dettes au FMI.


Les habitudes alimentaires

Produire un kilogramme de viande coûte plus de trois kilogrammes de céréales. Il faut en outre dix fois plus d'eau que pour produire un kilogramme de céréales. L'élevage des animaux pour leur viande consomme autant de céréales que pour nourrir 4 milliards d'êtres humains. Un des dilemmes de l'humanité se trouve dans ces équations. Si les habitants des pays émergents consommaient autant de viande que ceux des pays développés, la Terre ne pourrait plus produire toutes les céréales nécessaires.
Il faudra bien changer nos habitudes alimentaires.


Mise en concurrence des économies géographiquement éloignées, course au profit, course à la croissance, libéralisation forcenée… effets directs ou effets secondaires, des millions d'hommes, de femmes et d'enfants risquent d'en payer le prix fort et de mourir de faim.

Les peuples affamés ne tarderont pas à réclamer des comptes.
Il faudra leur donner plus que des miettes !
On n'échappera pas à remettre en question notre rapport à la Terre, notre façon de vivre ainsi que l'organisation de l'économie et son fondement actuel, toujours plus pour ceux qui détiennent le capital et toujours moins pour ceux qui produisent.


Pierre Tourev, 19/04/2008



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