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"Capitalistes de tous les pays,
unissez-vous !" aurait-pu dire Marx

Le travail contre le capital



Marx contre les libéraux ! Le travail contre le capital ! Les travailleurs contre les capitalistes ! Sous-entendu par cette opposition : le revenu et sa répartition. Qui a le droit au revenu et à quelle hauteur ? La réponse donnée à cette question est fondamentale puisqu'elle conditionne l'organisation d'une société. Le revenu en effet est au centre des relations sociales et en tant que tel il est un déterminant pour la constitution des groupes sociaux, aujourd'hui comme hier. Certes, nous ne sommes plus au XIXe siècle. Le droit est désormais plus contraignant qu'il ne fût jadis à propos du capitalisme. Mais le capital n'en reste pas moins un instrument de pouvoir puisqu'il permet toujours de décider, notamment pour ce qui est de la fixation des revenus. Le système capitaliste et la société qui en découle repose ainsi sur cet enchaînement essentiel : le capital rémunère le travail. Néanmoins, dans ce rapport est-il possible d'identifier une contradiction qui laisserait à penser qu'en l'état le système n'est pas tenable. En effet, le capital appelle aussi à être rémunéré. D'un côté, il faut payer les travailleurs, de l'autre les capitalistes. Mais le salaire qui revient aux premiers n'est pas le profit que s'allouent les seconds. Le salaire est directement lié à la production, il est le résultat d'un travail fourni, il s'ajoute en quelque sorte à ce qui est. Le profit par contre est fonction d'une déduction, soit la différence entre le montant des ventes et ce qui a permis leur réalisation avec le travail pour l'essentiel. Le profit sera donc d'autant plus élevé que les salaires seront moindres.

Le rapport est ainsi très simple entre capital et travail pour ce qui est de la répartition des revenus, mais ô combien antinomique puisqu'il y est question de partager des richesses produites sans que les acteurs de cette production aient même voix au chapitre. Le capital en soi ne produit rien contrairement au travail. Mais le travail sans capital est peu productif, les mains nues ne suffisant pas à fabriquer de grandes choses. Le capital est né en quelque sorte avec les outils. Il est donc évident que le travail et le capital sont complémentaires pour produire plus et mieux, et ainsi permettre l'amélioration des conditions d'existence. Mais cette complémentarité s'exprime très peu dans le revenu. Celui-ci est avant tout le résultat d'une subordination du travail au capital.

Karl Marx voyait dans le rapport entre capital et travail la source d'une lutte permanente entre groupes sociaux, laquelle constitue selon lui un moteur historique. A sa façon, il prédisait la fin de l'Histoire dès lors que le prolétariat l'aurait emporté sur le capitalisme pour que n'existe plus qu'une seule classe sociale. Le projet marxiste est ainsi de nature égalitaire, s'opposant au libéralisme privilégiant la liberté. D'où une opposition entre deux visions qui reste indépassable. Pourtant, entre Marx et les penseurs classiques précurseurs des thèses libérales et dont le néo-libéralisme actuel se nourrit, les divergences ne sont pas si nettes. En effet, aussi bien les auteurs classiques que Marx reconnaissent que la valeur d'une chose est le produit du travail fourni pour sa fabrication. La relation entre le travail et la richesse créée est ainsi plus évidente qu'elle peut l'être à propos du profit. Ce trouble rend d'autant plus difficile la justification économique du rapport entre capital et bénéfice et ouvre ainsi le champ à de multiples interprétations à l'origine de courants de pensée qui finissent par s'opposer, voire s'affronter, comme c'est le cas entre le marxisme et le libéralisme. Pourtant, Marx initialement prolonge plus qu'il ne combat une pensée qui l'a précédée et dont les auteurs sont considérés comme les pères du libéralisme. Comme quoi, une idée partagée au départ, aussi essentielle soit-elle, ne conduit pas à la même fin.


Jean-François Caron, 20/11/2016
Le blog de Jean-François Caron : Un jour des mots



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