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Guérir la crise de l'abstentionnisme
par la proportionnelle

et redonner sa place au pouvoir législatif



Juin 2017. L'élection de la nouvelle Assemblée nationale montre avec éclat que notre système politique, Constitution et système électoral, a peur de l'Assemblée nationale et favorise un exécutif fort au détriment du pouvoir législatif dont on (les partisans du système actuel) se méfie et dont on craint qu'elle ne soit trop représentative de la "France d'en-bas" qui "n'y connait rien aux affaires". On a un trop mauvais souvenir de la IVème République, de son instabilité et des excès des assemblées durant la Révolution française. A défaut d'une monarchie absolue, on lui préfère les exécutifs forts tels que la France les a connus avec les deux Napoléon et Charles de Gaulle.

Depuis 2002, le positionnement de l'élection présidentielle avant les élections législatives, avec la mise en concordance de la durée des mandats, cinq ans pour le président et pour les députés, a accentué cette prééminence de l'exécutif en faisant du débat politique une question de personnes avant les idées. Il est vrai aussi que dans le monde de l'image dans lequel nous vivons, un homme ou une femme politique est davantage attrayant qu'un programme politique.

L'alternance gauche / droite sous la Vème République a donné pendant un demi-siècle l'illusion d'une démocratie représentative dans laquelle une large majorité de Français se retrouvait, tantôt dans le camp au pouvoir, tantôt patientant durant un quinquennat dans l'opposition. Mais, peu à peu, de plus en plus de Français ne se reconnaissent plus dans ce système. Ils ont le sentiment de ne plus être représentés, ni écoutés et se réfugient dans l'abstention ou du côté du parti populiste et extrémiste qu'est le Front national.

Le scrutin majoritaire à deux tours par circonscription engendre une inégalité flagrante entre les citoyens dans la façon dont ils sont représentés à l'Assemblée nationale. Un parti ayant une majorité (très) relative auprès des électeurs peut se retrouver très largement dominant en nombre de députés, tandis que d'autres partis, minoritaires, ayant un poids non négligeable dans l'électorat, ne sont pas ou très peu représentés. Ce phénomène est amplifié lorsque le parti ayant le meilleur score est un parti centriste, comme c'est le cas en 2017. Lors d'un duel avec la droite au second tour, il bénéficie d'un report de voix d'une bonne partie de la gauche, et inversement.

Etant pas ou mal représentés à l'Assemblée nationale depuis des décennies et n'ayant pas accès au débat public, de plus en plus d'électeurs ont le sentiment d'être oubliés par la classe politique. Il n'est pas étonnant qu'ils viennent grossir le rang des abstentionnistes et, par fatalisme, se désintéressent de la politique.

Le calendrier électoral place les élections législatives après l'élection présidentielle, elle-même précédée des élections primaires des grands partis. Il fait du débat politique un enjeu de personnes qui sature, durant de longs mois, les médias dans une course effrénée aux scoops, aux polémiques, aux couacs et aux petites phrases, jusqu'au puissant orgasme du résultat du second tour qui met encore quelques jours pour se dissiper. Il n'est alors pas étonnant que l'enthousiasme des électeurs pour la politique soit sérieusement émoussé quelques semaines plus tard pour les élections législatives.

Si l'on ne fait rien, nul ne sait avec certitude où la crise de confiance des Français envers la politique et envers la démocratie peut conduire le pays. Pour sortir au plus vite de cette situation potentiellement dangereuse, il me paraît nécessaire :
  • d'instaurer la proportionnelle intégrale pour les élections législatives. S'il n'y a pas de majorité de gouvernement, il faudra former les députés à la souplesse idéologique (oxymore) et à l'art du compromis. On pourrait alors les enfermer dans l'hémicycle et ne les libérer que lorsqu'ils auront bâti un programme de gouvernement satisfaisant pour une large majorité des français. En outre, cela serait pédagogique pour les électeurs qui verraient que la démocratie ne permet pas à chacun d'avoir tout et tout de suite.

  • d'inverser le calendrier électoral, c'est-à-dire tenir les élections législatives avant la présidentielle, pour redonner la primauté au pouvoir législatif.

  • voire de supprimer l'élection du président de la République au suffrage universel.


Pierre Tourev, 21/06/2017



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