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"Tourpilles", le recueil de citations


Le choc de la décroissance

Vincent Cheynet

Editions du Seuil - 2008



"Il est logique que les réactions les plus sourdes, malhonnêtes, voire haineuses, de la décroissance viennent des rangs des économistes. En invitant à intégrer un paramètre fondamental oublié - la nature -, cette idée vient les prendre à revers. Elle oblige à remettre en cause deux cents ans d'une somme pharaonique de calculs. Surtout, le concept de décroissance conduit inéluctablement à "s'extraire de l'économisme", c'est-à-dire à vouloir replacer l'économie à sa juste place dans l'échelle des valeurs : un moyen."
Vincent Cheynet - né en 1966 - Le choc de la décroissance - 2008, page 17

"N'en déplaise à leurs détracteurs qui leur font régulièrement ce procès stupide, les objecteurs de croissance ne sont pas "pour la décroissance des pauvres". La première des décroissances qui motivent leur engagement est la décroissance des inégalités, localement comme à l'échelle de la planète. Elle s'inscrit dans le cadre d'une décroissance globale, réservée aux pays riches, dont l'objet est de rendre possible une croissance économique des pays pauvres - croissance légitime, mais que l'on espère moins productiviste, éclairée par les choix malheureux des pays riches, et qui est comprise comme trouvant sa limite un jour."
Vincent Cheynet - né en 1966 - Le choc de la décroissance - 2008, page 59

"Avant d'être un concept opératoire, sur lequel appuyer une politique, la décroissance vise d'abord une désaliénation, un déconditionnement, une désintoxication, un désencombrement. L'expression "objecteur de croissance" est très parlante : ceux-ci refusent l'injonction à la croissance comme les objecteurs de conscience refusent l'ordre de guerre. Les objecteurs de croissance font ainsi acte de non violence en refusant la guerre économique."
Vincent Cheynet - né en 1966 - Le choc de la décroissance - 2008, page 61

"Il est incontestable qu'une forme du libéralisme a permis la légitimation du capitalisme. Néanmoins, qu'on le veuille ou non, on ne peut pas ôter au libéralisme l'idée de liberté qu'il exprime. Les néolibéraux ont bien compris tout l'intérêt qu'ils avaient à abandonner le terme de "capitalisme" pour lui substituer celui de "libéralisme". Il est plus doux de se qualifier de "libéral", et de revendiquer abusivement les luttes émancipatrices liées au libéralisme philosophique des Lumières, que de se proclamer "capitaliste" et d'endosser toutes les horreurs et les collaborations aux pires totalitarismes de ce système. En jouant sur la perception des mots, les néolibéraux amalgament la tyrannie de l'argent et la liberté."
Vincent Cheynet - né en 1966 - Le choc de la décroissance - 2008, page 62

"La publicité, au contraire [de la communication], ne fait que rester dans le titre. C'est le registre de la propagande, qu'elle soit politique ou commerciale. Elle cherche à enfermer dans une communication superficielle, fondée sur le martelage de slogans et d'images. Elle veut engendrer des "conduites réflexes" et repousser le discours de la raison. Partant du même point, elle est finalement l'antithèse d'une volonté de communiquer une réflexion profonde cherchant à dépasser les apparences ou les émotions."
Vincent Cheynet - né en 1966 - Le choc de la décroissance - 2008, page 75

"Il n'est pas innocent que la publicité, porte-voix de l'idéologie néolibérale, nous enjoigne constamment de "positiver" et qu'elle désigne ses contradicteurs comme des "publiphobes". C'est le propre de tout système totalitaire de "psychiatriser" ses contradicteurs. La démocratie ne s'accommode pas de ce mode de fonctionnement. Elle a besoin du positif comme du négatif, du pouvoir et du contre-pouvoir."
Vincent Cheynet - né en 1966 - Le choc de la décroissance - 2008, page 90

"Le chemin de la décroissance est ténu, il possède bien des écueils, il chemine sur le fil du rasoir tant cette idée oblige à rompre avec l'idéologie qui traverse notre imaginaire. Afin d'éviter de "verser" dans le virage qu'elle demande à la société, la décroissance doit cultiver ses différences, le débat, la capacité à s'interroger sur ses réponses et refuser tous les sectarismes. Cette voie est bien sûr exigeante. Il est toujours plus tentant de suivre une personne péremptoire que celle qui fait part de ses doutes."
Vincent Cheynet - né en 1966 - Le choc de la décroissance - 2008, page 120

"Le refus de la représentativité rencontre l'adhésion immédiate de toute une frange de l'extrême droite qui y voit, très logiquement, l'obligation pour chacun au repli sur soi et la récusation de l'universalité de l'Homme. Le refus de la démocratie représentative relève d'un même enjeu anthropologique fondamental. La représentativité est un fondement de civilisation, car elle instaure un tiers médiateur qui ne peut pas être l'image exacte du représenté."
Vincent Cheynet - né en 1966 - Le choc de la décroissance - 2008, page 148

"A la différence de systèmes idéologiques qui se fondent sur des valeurs, que l'on partage ou non, le capitalisme comme le technoscientisme ne sont que des idéologies produites naturellement par les mécaniques financière ou technicienne. Leur système est tout simplement la loi de la jungle faisant prévaloir le fort et cherchant à éliminer le faible comme l'a décrit Marx. Ces mécanismes génèrent leur propre idéologie, que vont ensuite réciter les individus fanatisés."
Vincent Cheynet - né en 1966 - Le choc de la décroissance - 2008, page 166

"Tous les fondamentalismes, qu'ils soient politiques, religieux ou scientifiques, ont une matrice similaire : ils considèrent leurs interlocuteurs non comme d'indispensables et légitimes contradicteurs mais comme des incarnations du Mal, des ennemis à abattre. Il existe des fondamentalismes religieux, de gauche, de droite et même écologistes ou de décroissance. Quelle que soit leur tendance, les fondamentalismes se caractérisent par le fait que tous donnent une explication "totale" du monde et de la condition humaine. Ils réfutent toute idée d'inconnu intangible à cette condition. Ils rejettent dans l'hérésie ceux qui fondent leur fonctionnement sur le doute."
Vincent Cheynet - né en 1966 - Le choc de la décroissance - 2008, page 180

"La télévision, média de la superficialité par excellence, est une grande productrice de ces débats simplificateurs et stériles. Elle participe à la diffusion, dans la société, d'un mode de fonctionnement binaire dévastateur qui constitue le meilleur moyen d'éviter toute structuration et tout développement de la pensée. Ce fonctionnement est une extraordinaire machine à abêtir."
Vincent Cheynet - né en 1966 - Le choc de la décroissance - 2008, page 187




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