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Eviter les pièges de la pensée : Les biais cognitifs


Effet de dotation




L'effet de dotation (ou l'aversion à la dépossession ou l'effet de détention) est un biais cognitif et émotionnel qui conduit les individus à attribuer à un bien qu'ils possèdent plus de valeur que s'ils ne le possédaient pas. Cet effet implique que lorsque les individus entrent en possession d'un bien, ils changent leur façon de l'évaluer, notamment par la présence d'éléments affectifs.

Ce phénomène a fait l'objet d'expériences de la part de chercheurs et notamment de Daniel Kahneman (né en 1934), psychologue et économiste américano-israélien, prix Nobel d'économie en 2002. Une de ses expériences a consisté à offrir une tasse à café à un groupe de sujets et à leur demander à quel prix ils seraient prêts à la vendre. Les membres d'un autre groupe ont dû indiquer à quel prix ils étaient prêts à acheter cette même tasse à café. La différence de prix de vente et prix d'achat était nette, en faveur du premier, ce qui laisse supposer l'influence du fait de posséder l'objet sur la valeur qu'on lui attribue.

L'origine de ce phénomène pourrait remonter à la préhistoire humaine et l'évolution l'aurait ancré en nous. Dans une société tribale où les possibilités d'échanges étaient faibles, il s'expliquerait par la nécessité de sécuriser les échanges ou par l'intérêt de conserver un bien avec l'espoir d'en tirer un meilleur profit plus tard.

L'effet de dotation se manifeste souvent dans la vie quotidienne, lorsqu'on veut vendre une voiture d'occasion, par exemple. C'est aussi l'une des raisons pour lesquelles les caves et les greniers sont remplis d'objets devenus inutiles.

L'effet de dotation est très courant en finance pour les propriétaires d'actifs qui s'attachent psychologiquement à ce qui leur appartient. Ils ont donc tendance à surestimer leurs valeurs par rapport au prix du marché et considèrent que les vendre à un prix plus bas les ferait s'appauvrir. Ce comportement peut entraîner des perturbations au niveau de l'offre et de la demande, provoquer, par exemple, une pénurie artificielle de l'offre et une hausse exagérée des prix ou bien empêcher de vendre à temps des titres ayant de mauvaises performances.

Pour éviter ce genre de biais, plutôt que de se demander "A combien est-ce que j'évalue le prix de ce bien ?", il est préférable de se demander, "Si je ne l'avais pas possédé, à quel prix serais-je prêt à l'acheter ?" On peut aussi, de manière régulière, passer en revue ce que l'on possède ou l'organisation de son temps, pour éliminer ce qui n'est pas essentiel, ce qui est source de gaspillage ou ce qui représente le moins d'opportunités?



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